RDCongo: Lamuka se délite un peu plus et le FCC tire les marrons du feu

RDCongo: Lamuka se délite un peu plus et le FCC tire les marrons du feu

Analyse par Marie-France Cros.

La coalition d’opposition Lamuka, qui avait soutenu Martin Fayulu à la présidentielle, continue à se déliter. Alors que l’UDPS se déchire, elle aussi, empêtrée dans les violations de son règlement d’ordre intérieur, seule la coalition kabiliste FCC (Front commun pour le Congo) semble tirer son épingle du jeu. Ce n’est pas surprenant dans la mesure où c’est elle qui tire le plus de marrons du feu de ce début de cycle électoral. L’adage ne dit-il pas que « la victoire a cent pères, tandis que la défaite est orpheline »?

Les derniers jours semblent avoir planté quelques clous de plus dans le cercueil de l’unité de l’opposition. Celle-ci s’était faite, en 2018, sur le refus du maintien au pouvoir de Joseph Kabila. Elle avait volé en éclats lorsque, pour des questions d’ego, Felix Tshisekedi et Vital Kamerhe avaient renié leur promesse quelques heures après l’avoir signée.

On sait le tour de passe passe qui avait vu la victoire électorale du candidat de Lamuka, Martin Fayulu, transformée en alliance entre Félix Tshisekedi et Joseph Kabila, le premier obtenant la Présidence, le second tout le reste. Et c’est ce reste – considérable – qui permet au « Président honoraire » de maintenir l’unité dans le camp kabiliste, cimentée depuis toujours par l’appât du gain.

Conflits et défections

Il n’en va pas de même à l’UDPS, on le sait, déchirée par des dissensions internes qui ont repris avec virulence depuis que les militants de base ont compris que seul l’entourage de Félix Tshisekedi bénéficiera du peu de postes qu’il contrôle.

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Et Lamuka achève aujourd’hui de se déliter. Après la défection de Tshisekedi et Kamerhe, ce sont les Katangais Gabriel Kyungu et Moïse Katumbi qui avaient pris leurs distances dès janvier, une fois que Tshisekedi avait été investi Président. Le premier franchement, conformément à son tempérament de tribun. Le second à la manière ondulante de l’entrepreneur qui hésite toujours à s’enfermer dans une position, afin de se ménager une issue.

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Après que la Cour constitutionnelle eut refait l’unité lézardée de Lamuka en invalidant 24 députés d’opposition, le 11 juin, l’hémorragie avait repris avec Mbusa Nyamwisi, qui a « suspendu » sa participation à la coalition « pour être libre afin de travailler aux côtés de Félix Tshisekedi pour votre intérêt », a-t-il assuré ce lundi à la population de son Nord-Kivu natal, à Beni.

Egos et autoritarisme

Le délitement de Lamuka est apparu aussi lorsque seuls Martin Fayulu et Adolphe Muzito se sont montrés à la manifestation que ses cinq dirigeants avaient convoquée pour le 30 juin. Annoncée le 12 juin, il avait fallu au gouverneur kabiliste de Kinshasa 17 jours pour s’apercevoir qu’il ne convenait pas de manifester un jour de Fête nationale et d’interdire cette « marche pacifique » – avec l’approbation du président Tshisekedi, qui met de plus en plus facilement ses pas dans ceux du « Président honoraire ». La marche a été violemment réprimée.

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Ensemble pour le Changement, la formation de Moïse Katumbi, a dénoncé lundi le communiqué de Lamuka diffusé dimanche soir pour protester contre cette répression, non pour ce qu’il disait mais parce que le texte n’en avait pas été validé ni signé par les cinq dirigeants de la coalition. Une manière solitaire de procéder que ses partenaires reprochent de plus en plus souvent à Martin Fayulu, qui semble confondre durablement la ferveur pour le candidat de l’opposition anti-Kabila qu’il était en 2018 avec une adulation pour sa personne.

L’arroseur arrosé

C’est d’un de ses alliés agacé que doit venir la « fuite » sur les réseaux sociaux d’une « proposition de sortie de crise » (notre photo) rédigée par M. Fayulu le 10 mai dernier, proposant une transition de 12 à 18 mois dirigée par M. Tshisekedi avant de nouvelles élections, transition durant laquelle l’opposant dirigerait une institution à créer chargée de réformer le pays.

Fayului a ainsi fourni à ses adversaires au sein de Lamuka de quoi lui faire – à leur tour – la leçon. « La journée, on envoie le peuple dans la rue se faire tuer et la nuit on négocie un poste pour lui seul à la tête d’une institution »,a ainsi cinglé Francis Kalombo, un proche de Moïse Katumbi. Et le porte-parole de ce dernier, Olivier Kamitatu, en a remis une couche: « En évoluant en franc tireur, Martin Fayulu tourne la page de la vérité des urnes. Son offre de dialogue avec Felix Tshisekediconsacre l’essoufflement d’un radicalisme stérile. Et le procès en diabolisation intenté stupidement contre Moïse Katumbi s’en trouve encore plus inqualifiable ».

La seule réponse du camp Fayulu, pour l’instant, est de dire que la proposition attaquée n’est pas neuve et « circule dans les canaux diplomatiques depuis des mois ». Un peu court.

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