Présidentielle en Mauritanie: avant les résultats définitifs, l’opposition expose des cas de « fraude »

Présidentielle en Mauritanie: avant les résultats définitifs, l’opposition expose des cas de « fraude »

A quelques heures de la proclamation des résultats définitifs de l’élection présidentielle en Mauritanie lundi, les quatre candidats de l’opposition ont exposé des « fraudes » qui selon eux rendent impossible la victoire de l’ancien chef d’état-major, Mohamed Cheikh El-Ghazouani.

Ce scrutin doit marquer la première transition entre deux présidents élus dans ce vaste pays du Sahel secoué par de nombreux coups d’Etat de 1978 à 2008, date du putsch qui a porté Mohamed Ould Abdel Aziz au pouvoir avant qu’il ne soit élu en 2009. Il ne pouvait se représenter après deux mandats.

Selon les résultats annoncés au lendemain du vote du 22 juin par la Commission nationale électorale indépendante (Céni), M. Ghazouani, candidat du pouvoir, l’emporte avec 52,01% des suffrages.

Il devance quatre opposants, dont le militant antiesclavagiste Biram Ould Dah Ould Abeid (18,58%), l’ex-Premier ministre Sidi Mohamed Ould Boubacar (17,87%) et le journaliste Baba Hamidou Kane (8,71%), selon la Céni.

« Après vérification par nos techniciens électoraux qui ont travaillé sur 455 bureaux de vote (sur un total de 3.861, NDLR) où il a réalisé 100% et plus, le candidat Ghazouani ne pouvait pas avoir plus de 41% », a affirmé M. Ould Abeid lors d’une conférence de presse dimanche soir avec les trois autres candidats de l’opposition.

« Tous ces bureaux sont situés dans des zones reculées, logés chez des dignitaires du régime contrairement à la loi, loin de toute possibilité de contrôle, totalisant plus de 9.800 voix, soit 10% du vote global », a-t-il ajouté estimant que M. Ghazouani ne pouvait obtenir « dans le meilleur des cas que 48,5 % ».

Cette conférence de presse s’est tenue au siège de campagne qui comme celui de ses collègues, a été rouvert en dépit de l’annonce de sa fermeture par la police la semaine dernière.

Des heurts avaient suivi l’annonce de ces résultats et l’opposition a introduit des recours pour faire annuler l’élection devant le Conseil constitutionnel, qui doit annoncer les résultats définitifs à 12H00 GMT. Plusieurs véhicules militaires stationnent aux abords du Conseil depuis la transmission des résultats par la Céni la semaine dernière.

– ‘Devoir de vérifier’ –

« Nous avons soumis des cas précis de fraude au Conseil constitutionnel, en plus des votes multiples, des votes par procuration, de l’expulsion de nos représentants et du non-respect des consignes données par la Céni à ses démembrements », a affirmé pour sa part M. Ould Boubacar.

« Le Conseil constitutionnel a le droit et le devoir de vérifier par ses propres moyens, en dehors même de ce que nous lui soumettons », a-t-il souligné.

Les candidats de l’opposition ont de nouveau dénoncé la « répression » de cette contestation électorale, qui selon eux vise la communauté afro-mauritanienne. Ils ont appelé le régime à « démilitariser » les quartiers de la banlieue de Nouakchott où des forces de sécurité ont été déployées depuis les incidents et à libérer leurs sympathisants arrêtés.

La société mauritanienne est marquée par des disparités persistantes entre communautés arabo-berbère, haratine (descendants d’esclaves de maîtres arabo-berbères, dont ils partagent la culture) et afro-mauritanienne, généralement de langue maternelle d’ethnies subsahariennes.

Les autorités n’ont fourni aucune estimation du nombre de personnes arrêtées, plusieurs centaines, selon l’opposition, mais ont fait état mardi d’une centaine de ressortissants de pays d’Afrique subsaharienne voisins, notamment sénégalais et maliens détenus.

M. Ghazouani, qui a déjà reçu les félicitations de plusieurs pays (France, Maroc, Algérie, Mali, Arabie saoudite…), a lui salué vendredi soir le peuple mauritanien « pour sa maturité politique et l’enracinement du pluralisme démocratique et du dialogue » durant le processus électoral.

M. Ould Abdel Aziz a stabilisé la Mauritanie, frappée dans les années 2000 par des attentats jihadistes et des enlèvements d’étrangers, en menant une politique volontariste: remise sur pied de l’armée, surveillance accrue du territoire et développement des zones reculées.

Mais les critiques se focalisent sur les droits fondamentaux, notamment la persistance de profondes inégalités sociales, et les libertés publiques.

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