Opinion: la RDC célèbre ses 59 ans d’indépendance, soixante ans de continuité sans rupture.

Opinion: la RDC célèbre ses 59 ans d’indépendance, soixante ans de continuité sans rupture.

Pour la dissidence extérieure des cadres de l’UDPS, Milambu Kiyoyo, politologue (Royaume Uni)

L’annonce de la victoire d’un candidat de l’opposition au scrutin du 30 décembre 2018 en République Démocratique du Congo avait suscité beaucoup d’émotions au sein d’une population qui attendait ce moment depuis bien longtemps. Rares étaient les scènes de liesse, mais elles étaient justifiées d’autant plus que le camp du Front Commun pour le Congo  (FCC, kabiliste) était donné favori pour des raisons évidentes. Très peu sont les observateurs qui avaient projeté la victoire d’une frange de l’opposition compte tenu du fait que le candidat du FCC bénéficiait du soutien de Joseph Kabila, qui non seulement avait disposé les moyens de l’Etat pour la campagne électorale de son dauphin, mais ne cachait pas non plus son intention de maintenir le statu quo. L’annonce de Félix Tshisekedi comme vainqueur avait donc surpris.

Malheureusement, il ne fallut pas attendre longtemps pour se rendre compte que le nouveau pouvoir n’était pas du tout l’exception tant souhaitée. En effet, l’actuel locataire du Palais de la Nation ne s’est point démarqué de la majorité de ses prédécesseurs. Comme eux, il est hanté par le même problème: son pouvoir souffre d’illégitimité. La crise de légitimité est justifiée par le fait que la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) n’a toujours pas affiché les résultats dans le détail tel qu’exigé par la loi. Bien des sources crédibles, telle que l’Eglise catholique du Congo, ont soutenu que l’élection présidentielle a été remportée par Martin Fayulu, de la coalition Lamuka.

En démocratie, le seul détenteur du pouvoir, c’est le peuple. En tant que souverain primaire, c’est à lui qu’incombe la responsabilité de conférer la légitimité à ses gouvernants. Dans le cas contraire, le pays qui se dit démocratique va droit vers le chaos. Le peuple congolais n’a pas d’autre choix que de mettre fin au système qui pérennise sa misère et freine le développement de son pays.

Force est de constater que, depuis son accession à l’indépendance, la RDC continue à être gérée plus ou moins de la même manière. Ce qui justifie la stagnation dans laquelle elle se trouve depuis plusieurs décennies. L’histoire nous enseigne que ne se sont succédés jusque-là, à la tête de ce grand pays, que des leaders préalablement choisis, mais faibles sur le plan interne parce que ne disposant pas d’une large assise populaire. Tous ceux qui ont dérogé à la règle n’ont connu qu’un règne éphémère. Pour pérenniser leur pouvoir, Mobutu comme les deux Kabila comptaient sur l’appui extérieur et la répression.

Si les prédécesseurs de Félix Tshisekedi se sont illustrés dans l’oppression en vue de résoudre les problèmes liés à la légitimité, il lui sera difficile de leur emboîter le pas dans ce domaine. Félix Tshisekedi est le fruit de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS). Un parti vieux d’environ quarante ans, devenu au fil des ans incontournable grâce à sa lutte sans relâche pour l’avènement d’un État de droit. Si l’actuel pouvoir décidait de réprimer et de s’imposer par la force, il se mettrait à dos la majorité des Congolais, qui ne pourrait tolérer la violence d’un pouvoir qui n’a été accepté que parce qu’il représentait le moindre mal; les Congolais étaient prêts à tout accepter pourvu que ce ne soit plus Joseph Kabila.

Avec une population qui ne cache pas son soutien pour les leaders de l’opposition, la marge de manœuvre de Félix Tshisekedi est très réduite. La forte mobilisation, à chaque retour des leaders de Lamuka, prouve à quel point le peuple congolais préfère la rupture à la continuité. Le Président congolais est pris en sandwich entre le FCC d’un côté, qui veut tout avoir, et le peuple de l’autre, qui n’acceptera pas une continuité de l’ancien régime.

Après soixante ans d’indépendance, le Congo devrait déjà se mettre sur les pas du développement. Pour ce faire, il est impérieux de rompre avec le cycle d’élections trompe-l’œil. Le mal doit être attaqué à la racine. C’est seulement après que pourra arriver l’exceptionnalisme. Ce pouvoir d’exception qui va devoir poser les bases solides pour un Congo grand et fort où la loi sera le seul maître.

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