RDC: la manifestation de Lamuka interdite: un recul

RDC: la manifestation de Lamuka interdite: un recul

Commentaire par Marie-France Cros.

La “marche de la dignité” à laquelle la coalition d’opposition Lamuka avait appelé ses partisans à participer ce dimanche 30 juin à Kinshasa, a été interdite vendredi par le gouverneur de la capitale, Gentiny Ngobila (kabiliste). Selon sa lettre aux dirigeants de Lamuka,  il rejette leur projet de marcher à “la date sacrée et commémorative du 30 juin”, date anniversaire de l’indépendance du Congo. “Organiser des marches à cette date friserait le sabotage contre la mémoire de la République”, justifie-t-il. Un prétexte qui convainc peu de Congolais.

Cette “marche pacifique” avait été annoncée le 12 juin, après l’annonce de l’invalidation de 23 députés de Lamuka par la Cour constitutionnelle – réputée acquise à Joseph Kabila, “Président honoraire” – une invalidation qui a largement indigné l’opinion, parce qu’elle survient alors que la Commission électorale nationale indépendante (Ceni, dont les dirigeants ont été sanctionnés par Washington pour corruption et entraves au processus électoral) n’a toujours pas fourni le détail des résultats électoraux qu’elle a annoncés et ne peut donc prouver ceux-ci.

Les dirigeants de Lamuka, qui ont suspendu leur participation aux travaux parlementaires, entendaient réclamer “la vérité des urnes” (Martin Fayulu, vainqueur de la présidentielle évincé), “montrer” à ceux au pouvoir “qu’ils ne peuvent pas tout faire” (Jean-Pierre Bemba) et exiger “le respect de la volonté du peuple” (Moïse Katumbi).

Les électeurs ont accepté le tour de passe passe électoral parce qu’ils espèrent que  l’alternance au pouvoir va améliorer la gestion du pays. A cet égard, l’interdiction de cette marche est un recul puisque la liberté d’expression de l’opposition était un des points positifs retenus en faveur de la présidence Félix Tshisekedi – en dépit de l’interdiction de facto faite à Katumbi de faire une tournée de meetings dans le pays.

Elle s’ajoute en outre à l’inquiétude soulevée au Congo et à l’extérieur, par plusieurs attributions de marchés publics par la Présidence, en dehors de la voie normale exigeant un appel d’offres.

Félix Tshisekedi ne peut pas, sans danger pour son acceptation par la population, revenir à la fois sur la nécessité de lutter contre la corruption et sur le besoin de laisser l’opposition s’exprimer pacifiquement.

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