RDC : Nouveau drame mortel dans les mines de Kolwezi (Vidéo)

RDC : Nouveau drame mortel dans les mines de Kolwezi (Vidéo)

Un nouveau drame mortel vient de frapper les exploitants artisanaux ce jeudi 27 juin dans la mine de Kov à Kolwezi.


Différents témoignages parlent d’une centaine de morts. Cinquante et un corps avaient été sortis de la mine vendredi en début d’après-midi mais plusieurs interlocuteurs annoncent que de nombreux cadavres se trouvent encore ensevelis dans la mine.
Depuis des mois, de nombreux acteurs mettent en garde contre le risque croissant de catastrophe avec les creuseurs artisanaux dans le Lualaba. Tous pointent la responsabilité du gouverneur Muyej, de son fils Yves et de la société minière CDM (Congo Dong Fang Mining) du doigt.
Plusieurs organisations de défense des droits de l’homme et certains syndicalistes leur rejettent la responsabilité des accidents et des violences qui se multiplient avec les creuseurs artisanaux au niveau de la province du Lualaba.

« Vers 2010, le gouvernement provincial du Katanga, sous Moise Katumbi, avait obtenu que plusieurs carrés miniers soient mis à la disposition de l’exploitation artisanale dans le district urbano-rural de Kolwezi. Ce système avait permis d’encadrer les creuseurs et leur garantissait une certaine qualité de travail », explique un représentant d’une ONG. « Le système n’était pas parfait mais c’était un système efficace oour éviter des catastrophes, » poursuit-il. « Le pouvoir provincial aidait notamment les creuseurs à sécuriser leur espace de travail. Ce qui évitait, dans la mesure du possible, les drames ».

Une autre ONG dit se souvenir qu’en 2009, la société Anvil Mining, devenue SMK, fut envahie par les creuseurs.

« Face à cette situation, une délocalisation planifiée, progressive et systématique avait été mise sur pied par le gouvernement provincial du Katanga. Plus de dix mille creuseurs s’étaient ainsi retrouvés à Kawama, à 60 kilomètres de Kolwezi, où ils travaillent paisiblement jusqu’à ce jour. Les coopératives des creuseurs avaient reçu des carrés miniers à Tondo, Tombolo, Kawama, etc… mais beaucoup de ces carrés ont été récupérés pour le compte de certaines autorités provinciales et leurs familles. »

« Tout le monde était gagnant », explique un syndicaliste. « Les creuseurs évitaient de prendre trop de risques et ne s’aventuraient pas dans les concessions exploitées par les groupes miniers. La province et le pouvoir central pouvaient bien suivre la production qui sortait de ces carrés miniers ».
Mais aujourd’hui, ce système a largement disparu. « Les concessions minières ont été reprises par certaines autorités provinciales et en grande partie par des gens très très proches du gouverneur Muyej. Les creuseurs artisanaux ont été privés de leur gagne-pain. Cela a entraîné des affrontements autour de certaines concessions. Aujourd’hui, les creuseurs artisanaux qui ont besoin de travailler pour survivre, prennent des risques inconsidérés pour sortir quelques minerais. Du coup, presque tous les jours, il y a des éboulements et des morts sans compter les affrontements entre les creuseurs et les policiers ou les militaires », explique un ancien minier.
« Cette politique menée par l’actuel gouvernement provincial est catastrophique. C’est aussi un très mauvais calcul, explique un opérateur économique de la province. « Evidemment, c’est catastrophique quand on voit que des centaines de jeunes Congolais trouvent la mort en prenant des risques fous simplement pour survivre mais aussi parce que cette situation est préjudiciable pour les caisses de l’Etat », dit-il. « Les creuseurs sont obligés de vendre ce qu’ils produisent dans des comptoirs gérés par des très très proches du gouverneur en collaboration avec des opérateurs chinois. Ces acheteurs trichent toujours sur la teneur en minerais. De manière récurrente, des affrontements ont lieu entre creuseurs et acheteurs suite au problème d’analyses. Car, bien souvent, les creuseurs rejettent les analyses faites par les acheteurs chinois et soutiennent qu’une contre-expertise réalisée par d’autres centres d’analyse donne des teneurs beaucoup plus élevées que celles déclarées par les ChinoisPar ailleurs, des quantités impressionnantes de minerais bruts sortent du pays avec la bénédiction des autorités provinciales sans que l’Etat ne perçoive rien là dessus. Faites votre calcul, c’est très rentable pour une poignée de personnes et catastrophique pour tout le reste de la RDC ».

Chute du prix du cobalt

Autre dégât collatéral, selon notre opérateur économique, « ces derniers temps, le prix du cobalt est en recul suite aux grandes quantités qui sortent frauduleusement sans que l’autorité provinciale et ses associés, qui amassent des sommes colossales, ne s’en soucient malgré l’incidence sur les caisses de l’Etat ».

Tous les interlocuteurs mettent en garde contre le risque d’une explosion sociale dans le Lualaba à cause de la gestion du pouvoir provincial. « Car, si les dizaines de milliers d’exploitants artisanaux, avec toutes leurs familles, ne parviennent plus à gagner le peu qu’ils ont pour survivre, ils risquent de sombrer dans la violence surtout qu’ils voient comment certains membres de l’Exécutif provincial et leurs associés chinois et libanais sont en train de s’enrichir d’une manière éhontée », poursuit le membre d’une ONG locale qui lance un appel au nouveau pouvoir en place à Kinshasa. « Félix Tshisekedi, qui est attendu à Lubumbashi, et le pouvoir central de Kinshasa doivent se saisir de ce dossier avant qu’un drame encore plus effrayant que celui de ce jeudi n’éclate. Ne pas agir serait engager leur responsabilité dans tout ce qui se passe au Lualaba ».

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