Total sommé de veiller à l’impact de ses activités en Ouganda

Total sommé de veiller à l’impact de ses activités en Ouganda

Six ONG françaises et ougandaises ont mis en demeure le groupe Total de respecter son devoir légal de « vigilance », dans le cadre d’un méga-projet pétrolier à proximité du lac Albert en Ouganda, porteur de risques « graves » pour la population et l’environnement, ont-elles annoncé mardi.

Opérateur de ce projet « Tilenga » (aux côtés des compagnies chinoise CNOOC et britannique Tullow), le pétrolier français prévoit de forer 419 puits, pour la plupart situés dans le parc naturel des Murchison Falls, pour atteindre une production d’environ 200.000 barils par jour.

« C’est un parc traversé par le Nil, la plus longue rivière d’Afrique, situé au bord d’un lac que nous partageons avec la République démocratique du Congo. Il y a plus de six millions de personnes dans cette région qui vivent de l’agriculture et de la pêche », a souligné Dickens Kamugisha, directeur de l’organisation non gouvernementale ougandaise AFIEGO (Africa Institute for Energy Governance), lors d’une conférence de presse à Paris.

« L’étude d’impact environnemental et social conduite par Total montre que 50.000 personnes seront affectées », notamment par des expropriations, a-t-il ajouté. « Mais la plupart de ces personnes jugent les compensations financières trop faibles pour leur permettre de racheter des terres ailleurs ».

Or au terme d’une loi de 2017, les multinationales françaises sont désormais obligées « d’identifier et prévenir les atteintes graves aux droits humains, aux libertés fondamentales, à la santé et la sécurité des personnes et à l’environnement », non seulement en lien avec leurs propres activités mais aussi celles de leurs sous-traitants ou filiales, a rappelé Juliette Renaud, représentante des Amis de la Terre France.

Dans une mise en demeure expédiée lundi, les Amis de la Terre, l’association Survie (lutte contre la Françafrique) et quatre organisations non gouvernementales ougandaises (dont AFIEGO) ont donc demandé à Total de respecter cette loi, en comblant les défaillances de son « plan vigilance », jugé trop parcellaire.

– Un vrai test –

Publié en mars par Total, ce plan rendu obligatoire par la loi ne cartographie pas précisément les risques, à la fois environnementaux et humains en ce qui concerne son projet en Ouganda, selon Juliette Renaud. « L’accaparement des terres a déjà commencé, les communautés sont forcées d’accepter des compensations très maigres. On les prive du droit de cultiver avant même de recevoir ces compensations », a-t-elle accusé.

Sans compter les potentiels dommages sur l’environnement et la faune. Le bassin du Lac Albert est aussi très connu pour sa biodiversité. Plus de 50% des espèces d’oiseaux du continent africain y sont représentées, ainsi que 39% des espèces de mammifères vivant en Afrique.

« Nous avons décidé de mettre Total devant ses responsabilités », a souligné Pauline Tétillon, co-présidente de Survie.

Pour Juliette Renaud, cette mise en demeure « sera un vrai test pour voir si cette loi nous permet enfin de prévenir de nouvelles catastrophes humaines et environnementales ».

Interrogé par l’AFP, le groupe Total a répondu n’avoir reçu « l’intégralité du dossier » que mardi après-midi. « Nous allons l’analyser avant de commenter », a précisé une porte-parole.

« Nous tenons néanmoins à signaler que Total a proposé une rencontre aux Amis de la Terre à deux reprises ces dernières semaines suite aux préoccupations qu’ils exprimaient dans les médias. A ce jour, nous n’avons reçu aucune réponse de leur part à ces propositions », a-t-elle ajouté.

Le groupe, également sommé d’agir pour limiter le réchauffement climatique par quatorze villes françaises le 19 juin, a trois mois pour se conformer aux demandes des six ONG. Au delà, ces dernières pourront saisir le juge pour lui demander d’ordonner à l’entreprise de le faire, le cas échéant sous astreinte financière.

Découvertes en 2006, les réserves ougandaises de pétrole du bassin du lac Albert, qui délimite une partie de la frontière entre l’Ouganda et la RDC, sont évaluées à au moins 1,7 milliard de barils.​

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