Opinion: la RDC a 59 ans: l’heure de rompre le statu quo

Opinion: la RDC a 59 ans: l’heure de rompre le statu quo

Par Dominique Kabongo, politologue York University (Toronto).

 
A l’aube des 69ans de son indépendance, la RDC stagne et ressemble de plus en plus à un Eldorado où chacun peut se servir à son propre gré et faire sa loi. Le paradoxe de la RDC est que, selon un article d’octobre 2010 de New African, sa richesse est estimée à 24 mille milliards dollars en termes de potentialités, provenant essentiellement de ses ressources naturelles. Néanmoins, elle reste classée parmi les pays les plus pauvres de la planète par le PNUD (Indice de Développement Humain 2018): 176ème sur 189.
Le problème fondamental de la RDC réside en son incapacité de se définir en tant qu’Etat. Au temps de l’Etat indépendant du Congo, elle s’apparentait à un espace de libre échange. Depuis son indépendance, elle peine à se définir et par conséquent ne peut se développer. Etat-providence, comme nombre de pays d’Europe occidentale? Etat libéral, comme les Etats-Unis? Cette définition importe autant que le modèle de gestion et la ligne politique établie. Dans le cas de la RDC, compte tenu de ses ressources naturelles, elle tend plus vers un espace d’exploitation qui ne sait se constituer en Etat.
La prise de pouvoir du général Mobutu, en novembre 1965, fut, pour beaucoup d’observateurs, un coup d’Etat contre une jeune démocratie, dont le pays paie encore les conséquences. Mais la RDC souffre-t-elle réellement d’un problème de démocratie ou d’un problème d’identité de l’Etat ? Feu le professeur David Held (University College, Durham, England) nous propose 11 modèles de démocratie. Lequel est-il possible pour la RDC? Question légitime, car il est impossible de définir un modèle de gestion sans caractériser son Etat. De l’Amérique à l’Europe, en passant par l’Asie, les modèles démocratiques diffèrent selon les mœurs culturelles, les conjonctures sociales et l’histoire. La transposition de la démocratie de manière uniforme s’avère complexe et explique pourquoi en partie cette dernière accuse un échec en Afrique.
Les conséquences de ce manque de définition se font ressentir jusqu’à ce jour. Après deux tiers de siècle d’indépendance, la sphère politique des années 60 semble se transposer en 2019. Les querelles internes au sein des plateformes politiques, couplées à un accord politique controversé, ont complètement paralysé la gestion du pays. La société fait les frais d’une élection nocive qui laisse les Congolais non seulement divisés mais à couteaux tirés entre eux,  au point que les propos haineux sont devenus la norme.
Pour sa part, la classe politique dans son ensemble (majorité comme opposition) brille par son incompétence face à cette crise post-électorale et confirme qu’elle est en effet démissionnaire dans la gestion de l’Etat. L’homme politique congolais est inconscient du danger qui guette son pays. Il semble plus préoccupé par la quête permanente d’atteindre le statut de bourgeois, par conséquent son appétit mercantile n’offusque guère.
Dans cet imbroglio, le peuple congolais – qui ne réclame que son droit le plus légitime, celui de vivre dignement, selon le droit universel établi par la Charte des Nations Unies – reste chosifié. Dans sa vaste majorité, il se rend maintenant compte qu’il a été et reste le dindon de la farce. La mort dans l’âme, il ne sait plus à quel saint se vouer.
Le danger de cette cacophonie est, malheureusement, l’implantation du décor d’un remake du 24 novembre 1965, par lequel un militaire prendrait le pouvoir à travers un coup d’Etat bien orchestré, suite au désordre politique organise. Il y a lieu, pour les Congolais qui croient encore en un avenir meilleur, de se constituer en front commun animé d’une fibre patriotique, s’ils ne veulent pas devenir des apatrides.
Les Congolais ne devraient pas se laisser distraire par les commémorations du 69ème anniversaire de l’indépendance. Cette date devrait plutôt nous inspirer une rupture avec le statu quo et la volonté de poursuivre l’idéal d’une autonomie et d’une émancipation totale. Parce que nous sommes les véritables détenteurs de ce pays.

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