Opinion: la conception du pouvoir de Félix Tshisekedi : continuité ou rupture de la monarchie présidentielle au Congo ?

Opinion: la conception du pouvoir de Félix Tshisekedi : continuité ou rupture de la monarchie présidentielle au Congo ?

Par Martin MULUMBA, Docteur en Droit Public et chercheur à l’Université Paris 1 Panthéon- Sorbonne.

Depuis son accession à l’indépendance, la République démocratique du Congo était considérée comme un pays où le pouvoir était conquis et conservé par la force. La fonction du président de la République y était, ainsi,  celle d’un élu du peuple sans l’être réellement ; de facto, le chef de l’État congolais exerçait, sans le dire,  le pouvoir d’un monarque absolu.

Et pourtant, comme d’autres pays africains, la République démocratique du Congo a toujours fait le choix de l’élection comme seul et unique moyen de dévolution du pouvoir politique, notamment de la fonction présidentielle, mais l’alternance démocratique était un véritable mythe. Car, à partir du coup d’État militaire du lieutenant général Mobutu, destituant en novembre 1965 Joseph Kasa-Vubu, alors démocratiquement élu en juin 1960 par les deux Chambres du Parlement, le recours à la force s’était imposé dans les faits comme l’unique  moyen par excellence d’accès au pouvoir.

C’est dans cette même optique que Laurent Désiré Kabila conquit le pouvoir par les armes en mai 1997, remplacé par son fils, le général major Joseph Kabila, qui à l’instar d’un prince, a hérité la présidence de la République en janvier 2001, alors que le Congo est une République théoriquement démocratique !

De ce point de vue, devenue comme une grande chefferie, organisée autour d’un homme ayant le monopole de l’autorité et revendiquant la grâce et la sacralité du pouvoir des chefferies traditionnelles, qu’il combinait régulièrement avec les habitus patrimonialistes et monarchistes hérités du roi Léopold II, la République démocratique du Congo n’était un État de droit que dans les textes. Le président congolais n’était autre qu’un monarque à la tête d’une République, il avait  personnalisé l’État, concentré tous les pouvoirs étatiques et exerçait sa fonction sans admettre ou tolérer aucun contre-pouvoir.

Changement ou continuité ?

La passation pacifique intervenue pour la première fois en janvier 2019, d’un militaire arrivé au pouvoir comme un prince héritier à un opposant, qui a été déclaré par la Commission électorale et validé par la Cour constitutionnelle comme vainqueur de la présidentielle du 30 décembre 2018, offrait aux Congolais une image inédite, un espoir qui semble soulever aujourd’hui quelques inquiétudes. On se demande si le nouveau Président congolais incarne réellement le changement attendu, voire souhaité, ou se place dans les pas de ses prédécesseurs pour assurer une continuité du passé ?

Après avoir donné quelques assurances sur le plan des droits de l’homme , notamment les droits civils et politiques garantis par la Constitution avec la libération des prisonniers politiques , le retour des opposants en exil  et autres ,  Félix Tshisekedi semble être perturbé par une coalition totalement déséquilibrée avec le Front Commun pour le Congo de l’ancien Président. Il est certes chef de l’Etat , mais l’ombre de son prédécesseur semble devenir un obstacle pour lui.

Felix Tshisekedi doit s’affirmer davantage, il doit s’émanciper et non être  dans l’ombre de Joseph Kabila 

Aux termes de la Constitution congolaise, Félix Tshisekedi est le chef de l’État. Il représente la nation et il est le symbole de l’unité nationale. Il veille au respect de la Constitution et  assure par son arbitrage, le fonctionnement régulier des pouvoirs publics et des Institutions ainsi que la continuité de l’État. Il est le garant de l’indépendance nationale, de l’intégrité du territoire, de la souveraineté nationale et du respect des traités et accords internationaux.

Le président congolais dispose ainsi, des moyens politiques et juridiques pour exercer la fonction présidentielle. Il est censé s’en servir  ou faire le choix de l’opportunité.

Mais, depuis plus d’une semaine, le Congo vit au rythme des tensions, non seulement à cause de la contestation des ordonnances présidentielles par quelques députés de la coalition, allant au-delà de la compétence reconnue à l’Assemblée nationale comme une des institutions de la République, mais aussi et surtout , à cause de l’attitude du chef de l’État face aux décisions des juges de la Cour constitutionnelle, obéissant clairement plus à des injonctions politiques obscures qu’à la loi.

Le Congo vers un chaos si rien ne change !

S’il vrai que la situation risque d’être chaotique si rien ne change, il est aussi vrai qu’au-delà de toutes les manœuvres réelles ou supposées du FCC ou de son autorité morale qui n’est autre que l’ancien chef de l’État, la solution doit venir de Félix Tshisekedi. C’est lui le chef de l’État , il n’est pas un figurant , il doit montrer une direction , il ne copréside pas le pays avec le Fcc , c’est lui qui préside et donne le cap, qui doit être suivi par son allié.

On sait qu’au départ, la coalition Cash-FCC n’avait aucun fondement clair. Entre alliés, il y a d’un côté, une mauvaise foi qui ne souffre d’aucun doute  et de l’autre, une méfiance à la limite d’une impatience naïve.

Censé être le symbole du changement et de la construction d’un État de droit, le président Félix Tshisekedi est attendu sur ce terrain. Les Congolais veulent qu’il change leur situation. Même s’il n’est pas Jésus Christ pour opérer des miracles, il est temps qu’il se réveille, faute de quoi il risque de rester enfermé dans le piège de son alliance avec le FCC et de dresser lui-même, sans le savoir , le peuple congolais contre lui !

L’attitude de Joseph Kabila face à la situation

Pour l’ancien président Joseph Kabila, il doit préserver l’image d’une alternance pacifique qu’il a offert aux Congolais, il ne doit pas être un obstacle, mais plutôt celui qui mobilise son camp pour le développement du Congo. La réussite de Félix Tshisekedi sera aussi la sienne, car il a été d’une manière ou d’une autre, acteur de cette passation pacifique du pouvoir…

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