Salia Sanou, danseur en mouvement perpétuel: Bruxelles, Kinshasa, Avignon, Ouaga

Salia Sanou, danseur en mouvement perpétuel: Bruxelles, Kinshasa, Avignon, Ouaga

Le chorégraphe burkinabé est venu présenter ses spectacles Multiple-s  et Désir d’horizons à La Raffinerie à Bruxelles, avant de filer donner un atelier à Kinshasa, fin juin, et de remonter sur scène à Avignon, en juillet (extraits vidéo ci-dessous)

Exils et rencontres sont le fil rouge des créations les plus récentes de Salia Sanou. Les deux termes tissent la trame de son nouveau spectacle, Mutiple-s, que le chorégraphe burkinabé est venu présenter samedi soir à Bruxelles. Il sera en représentation avec une autre odyssée, ce vendredi, et s’envolera ensuite vers Kinshasa, avant de mettre le cap sur Avignon. Mouvements perpétuels : la compagnie de Salia Sanou n’a jamais aussi bien porté son nom.

Dakar – Bruxelles

Multiple-s, c’est le mariage des paroles et de la musique, l’influence des mots et des sons sur le travail du chorégraphe. Salia Sanou en a tiré une création en trois actes où le danseur partage ses penchants et ses inspirations. Avec Germaine Acogny, d’abord, figure tutélaire de la danse contemporaine en Afrique (photo de tête), sa complicité se fait canaille et pleine de clins d’oeil. Entre l’ex-élève et la professeure, fille spirituelle de Béjart installée non loin de Dakar, le courant passe, fluide, respectueux et espiègle.

« Souvent, on attend que les mentors disparaissent pour leur rendre hommage, je voulais partager ce moment avec elle maintenant. Je voulais rendre hommage à Maman Germaine qui nous a tant inspirés et qui a formé des générations de danseurs » nous a-t-il confié à l’issue de la représentation bruxelloise.

Spectacle: Multiple-s – « De vous à moi » avec l’auteure Nancy Huston.

L’humour rythme aussi sa rencontre inédite avec le musicien Babx (David Babin) qui a composé l’ensemble des musiques qui portent le projet Mutiple-s. Le pianiste est un amateur de mots qu’il distille au fil de ses morceaux nimbés de la judicieuse mise en lumière de Marie-Christine Soma. Il y a quelque chose de Buster Keaton dans la confrontation entre le danseur et le musicien, une série d’étincelles portées par des textes de Genet, Césaire, Baudelaire et Babx lui-même.

Montpellier – Ouagadougou

Cet amour des mots éclatait déjà lors du deuxième duo, imaginé avec Nancy Huston, arrivée sur scène avec quelques feuillets à la main. La romancière canadienne semble, au départ, frêle et impressionnée par les dimensions du plateau qu’on dirait taillé dans la roche anthracite. Au fil des mots et des pas de deux jazzy, le dialogue s’étoffe entre les deux partenaires, mus par le même désir de rencontre, la même soif de découverte de la multiplicité des cultures.

Spectacle « Du Désir d’horizon ».

Ce thème, Salia Sanou l’a travaillé entre Montpellier, où il crée, Ouagadougou, où il a fondé sa compagnie et son école de danse, et mille autres endroits où le conduisent ses pas. Dans son précédent spectacle, Du désir d’horizons, le chorégraphe s’appuyait déjà sur les écrits de Nancy Huston sur l’exil et le déplacement des populations. Une interrogation que Salia Sanou prendra encore à bras le corps vendredi soir, toujours à la Raffinerie (Charleroi danse), en dévoilant le fruit des ateliers menés à Bruxelles avec des migrants, présenté en primeur au Beursschouwburg. Une démarche qu’il avait déjà développée dans des camps de réfugiés au Burkina et au Burundi.

« Mutoto Dans’Afrika » rencontres à Kinshasa.

Kinshasa – Bruxelles

Déjà passé par Toulouse et Bruxelles, Salia Sanou s’envolera bientôt vers Kinshasa où il prendra part au projet Mutoto Dans’Afrika aux côtés du chorégraphe congolais Patrick Haradjabu et d’une vingtaine de danseurs et musiciens-slameurs. Le résultat de l’atelier organisé par l’Institut français et le Centre Wallonie-Bruxelles de Kinshasa sera visible à la Halle de La Gombe fin juin.
Ensuite, il mettra le cap sur les festivals d’été : Montpellier Danse (22/06 au 06/07) et le In d’Avignon (du 7 au 14/07) avec Multiple-s. Le chorégraphe reviendra à Bruxelles, en octobre prochain, avec une nouvelle création imaginée en collaboration avec l’écrivain, poète et slameur Abd al Malik : Le Jeune Noir à l’Epée, spectacle créé en lien avec l’exposition Le modèle Noir de Géricault à Matisse inaugurée fin mars au Musée d’Orsay à Paris.
Trois spectacles, trois univers résolument Multiple-s.

Karin Tshidimba

Interview de Salia Sanou / Multiple-s from Théâtre de Chaillot on Vimeo.

Citation

«C’est en observant (…) tout ce qui restait de désir de vie dans leur quotidien, que la nécessité du spectacle est née» a expliqué Salia Sanou. Le chorégraphe burkinabé ne s’appesantit pas sur les drames vécus mais s’attache au puissant «Désir d’horizons». La danse, symbolique et intense, se glisse entre les lignes du texte Limbes/Limbo de Nancy Huston porté par l’énergie des femmes et des hommes qui «réinventent chaque jour un peu de vie».

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