RDC : « Le meurtre de Michael et Zaida était prémédité »

RDC : « Le meurtre de Michael et Zaida était prémédité »

Les parents de Zaida Catalan et de Michael Sharp réclament une enquête internationale pour faire la lumière sur l’exécution de leurs enfants, experts onusiens envoyés au Kasaï.

Pratiquement deux mois jour pour jour après la découverte des corps des deux experts des Nations unies et de leur traducteur, le 28 mars, les parents de Michael Sharp et de Zaïda Catalan n’acceptent pas la présentation qui est faite de leurs enfants et refusent d’accepter qu’ils aient été victimes de leur impréparation. S’ils ont été tués, c’est parce qu’ils enquêtaient, parce qu’ils en savaient trop et leur crime a été prémédité, affirment-ils en substance dans une missive envoyée au quotidien américain New York Times.

On se souviendra que c’est ce journal qui, dans son édition du samedi 20 mai dernier, a laissé entendre que les deux experts n’avaient pas l’expérience nécessaire pour une telle mission dans une région aussi dangereuse que le Kasaï et qui, dans la foulée, a dévoilé que Zaïda Catalan disposait d’un enregistrement qui pouvait incriminer l’ancien ministre de la Coopération du gouvernement de Samy Badibanga Clément Kanku.

Mais pour les parents des deux jeunes experts, cette présentation est inacceptable.

Leur courrier

Ils écrivent donc : « En tant que familles de Michael J. Sharp et de Zaida Catalán, nous dénonçons le titre et l’article consacrés à leur enlèvement et à leur meurtre en République démocratique du Congo.

Contrairement à ce que laisse penser cet article, Michael et Zaida n’ont pas été tués car ils manquaient de formation ou de sécurité. Ils ont été tués parce qu’ils étaient des enquêteurs expérimentés et des rares témoins des atrocités.

Il existe de nombreuses preuves que ces meurtres ont été prémédités et aucun entraînement n’aurait pu modifier leur sort.

Aucun membre du Groupe d’experts des Nations Unies sur le Congo n’avait été tué auparavant et il n’y avait aucune raison de s’attendre à un enlèvement ou à un meurtre. Dès lors, nous insistons pour que le Secrétaire Général des Nations Unies désigne une équipe internationale indépendante d’enquête criminelle afin d’identifier les auteurs et la chaîne de commandement (de ce double meurtre) et de veiller à ce que ces responsables soient présentés devant la justice.

Aucun pays membre des Nations Unies ne devrait se reposer tant que cette enquête n’a pas été entreprise.

En tant que familles de Michael et Zaida, nous avons entendu de nombreuses histoires sur le pouvoir de leur travail et pensons qu’ils faisaient tous les deux la différence en tant que chercheurs compétents et qualifiés dans l’un des endroits les plus violents du monde. Nous avons besoin de plus de personnes comme eux, pas moins.

JOHN E. SHARP, MICHELE M. SHARP

MARIA MORESBY

ELIZABETH MORESBY

HESSTON, KAN. »

La Suède et les Etat-Unis ont déjà ouvert des enquêtes sur la mort de leurs ressortissants. Mais le manque patent de collaboration de Kinshasa – qui a réitéré, jeudi 25 mai, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Léonard She Okitundu, son refus de voir une enquête internationale se déployer sur son territoire – nuit évidemment gravement à la quête de vérité.

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