RDCongo: l’opacité des accords Kabila/Tshisekedi est à la base des violences

RDCongo: l’opacité des accords Kabila/Tshisekedi est  à la base des violences

Commentaire par Marie-France Cros.

La colère des militants UDPS, exprimée à Kinshasa lundi et à Lubumbashi mardi, est une nouvelle manifestation du malaise qui traverse ce parti. Après avoir fêté la « victoire » électorale de Félix Tshisekedi, les militants de sa « base » – à laquelle il assurait, en novembre dernier, devoir obéir, même s’il fallait pour cela rompre sa promesse écrite d’appuyer à la présidentielle le candidat unique de l’opposition, qui s’avèrera être Martin Fayulu – ont peu goûté la contrepartie de sa proclamation comme chef de l’Etat: la razzia opérée par le FCC (kabiliste) sur toutes les assemblées. Même là où cette coalition est notoirement honnie (notamment à Lubumbashi) et sans que des résultats électoraux détaillés viennent appuyer les affirmations de la Ceni(Commission électorale nationale indépendante), considérée comme acquise à Joseph Kabila et dont les dirigeants font l’objet de sanctions des Etats-Unis pour avoir entravé le processus électoral et pour corruption.

Le prétexte de la colère de lundi et mardi est l' »outrage » de déclarations faites vendredi dernier par des députés FCC au sujet d’ordonnances présidentielles de nominations à la Gécamines et à la SNCC (chemin de fer), alors que de tels sujets ne devaient pas être discutés à l’Assemblée nationale. Un maigre prétexte pour s’en prendre aux voitures des députés et même à l’un d’eux, physiquement? Sans aucun doute.

Mais, comme les déclarations « outrageantes » de vendredi, elles sont autre chose que ce qu’elles ont l’air d’être.

Les kabilistes tentaient en effet clairement, par leurs attaques contre le chef de l’Etat – officiellement leur allié – de faire pression sur lui pour l’obliger à leur céder du terrain au gouvernement. La formation de celui-ci est toujours bloquée par la gourmandise du FCC qui après avoir négocié des « élus » et acheté quelques autres, exige une part des postes ministériels proportionnelle à ce qu’il a déjà obtenu dans les assemblées. On est ainsi passé d’une exigence de 80% des postes pour le FCC à une discussion sur le partage suivant: 10% à octroyer selon leur bon vouloir par chacun des deux Présidents – l’actuel et l’honoraire – les 80% restants étant partagés à 80% pour le FCC et 20% pour Cach (UDPS + UNC, le parti de Vital Kamerhe).

Le blocage des discussions arrange Félix Tshisekedi, qui profite du vide ainsi créé pour prendre des décisions – telles les nominations. Tandis que le FCC a décidé de taper du poing sur la table pour obtenir ce que son appétit exige. Unappétit si insatiable qu’il risque de lui faire perdre le bénéfice du formidable coup de poker joué par Joseph Kabila lorsqu’il a fait proclamer Félix Tshisekedi vainqueur de la présidentielle en dépit des résultats.

Car la marge est très étroite pour le président Tshisekedi, coincé entre les illusions de « sa base », où les voix sont de plus en plus nombreuses pour exiger la publication de l’accord secret qui le lie à Joseph Kabila, et son désir de donner corps à ses rêves de Présidence effective, faute de quoi « sa base » se retournera contre lui.

https://afrique.lalibre.be/32231/un-accord-de-cogestion-entre-kabilistes-et-tshisekedi/

Même au Congo, où tout semble pouvoir arriver, peut-on sérieusement imaginer bâtir un pays nouveau, « plus beau qu’avant », sur une tricherie électorale et un marché de dupes?

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