RDCongo: les nominations à la Gécamines et à la SNCC font des remous

RDCongo: les nominations à la Gécamines et à la SNCC font des remous

Par Marie-France Cros.

Lundi soir ont été annoncées plusieurs nominations, par ordonnances présidentielles, à la tête de la Gécamines et de la SNCC (chemin de fer), deux entreprises publiques. Ces nominations consacrent le partage du pouvoir entre le président Félix Tshisekedi et son prédecesseur, Joseph Kabila, mais sont loin de faire l’unanimité.

A la Gécamines a ainsi été confirmé un proche de Joseph Kabila, Albert Yuma, 64 ans, qui y est président du conseil d’administration depuis 2010. Au grand dam du personnel – qui avait exigé sa démission en février 2016 – et de ceux qui lui reprochent d’occuper le poste mais de ne pas relancer la société publique. Au grand dam aussi d’associations citoyennes qui soulignent la mauvaise gouvernance qui a marqué, selon plusieurs ONG, le règne de M. Yuma, ce que ce dernier conteste. Jean-Claude Katende, de l’Asadho (Association africaine des droits de l’homme) regrette « la consécration de pratiques opaques dans la gestion de cette société de l’Etat »

Cela plaît à Katumbi et à Tshisekedi

A la SNCC – où l’ancien patron Sylvestre Ilunga, 74 ans, un homme de Kabila choisi comme futur Premier ministre, a laissé de très lourds arriérés de salaires impayés tandis que les lignes et le matériel n’ont pas été entretenus depuis desannées – a été nommé, pour le remplacer à la tête du conseil d’administration, Gabriel Kyungu wa Kumwanza, 80 ans.

Ce dernier est un dissident du parti kabiliste qui s’était allié à Moïse Katumbi, principal rival de Joseph Kabila lorsque ce dernier avait voulu se maintenir au pouvoir au-delà de ses deux mandats légaux. Kyungu avait fait campagne pourMartin Fayulu, vainqueur présumé de la présidentielle de décembre 2018. Après l’accession à la Présidence de Félix Tshisekedi, Kyungu s’était totalement rallié à ce dernier. Sa nomination plaît donc à la fois à Katumbi – qui ne veut pas trancher entre Tshisekedi et Fayulu, privé de sa victoire – et à Tshisekedi.

La même SNCC accueillera en son sein, comme directeur général, Fabien Mutomb, qui fut un courageux vice-président fédéral de l’UDPS au Katanga et est député de Lubumbashi. Parmi les administrateurs figurera Coco Mulongo, 48 ans, député UDPS de Lubumbashi depuis 2011. De quoi plaire à Tshisekedi.

Toujours les mêmes noms

En revanche, ces nominations ont suscité un tollé sur les réseaux sociaux, a noté l’agence APA, où nombreuses sont les critiques du choix de personnes « du troisième âge » dans un pays où la moitié de la population a moins de 20 ans. « Si les vieux qui avoisinent les 80 ans sont nommés, où est la place des jeunes? » Et de regretter que ce soient « toujours les mêmes noms » qui reviennent pour tous les postes. « Où allons-nous acquérir de l’expérience si nous sommes toujours écartés des postes à responsabilité? »

Enfin, nombreuses sont les critiques qui soulignent que ces nominations violent la Constitution. L’article 81 de celle-ci prévoit en effet que le Président de la République nomme « sur proposition du gouvernement délibérée en conseil des ministres » les responsables des services et établissements publics et les mandataires de l’Etat dans les entreprises publiques. Cela n’a pas été le cas. Ses ordonnances doivent en outre être « contresignées par le Premier ministre »; selon l’AFP, cela n’a pas été le cas.

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