Soudan: le bras de fer continue entre armée et opposition: 13 morts lundi

Soudan: le bras de fer continue entre  armée et opposition: 13 morts lundi

Par Marie-France Cros.

Treize personnes au moins sont décédées dans la dispersion par l’armée, lundi, d’un « sit-in » (les manifestants s’asseyent devant un lieu symbolique) d’opposants devant le siège de l’armée à Khartoum. Depuis la mise à l’écart d’Omar El-Béchir, le 11 avril, l’armée tente de conserver le pouvoir que veut lui arracher la société civile.

Au moins treize personnes ont succombé, ce lundi, lors de la dispersion du sit-in organisé par la société civile, qui réclame le transfert du pouvoir aux civils. Les civils manifestent devant le quartier général de l’armée, à Khartoum, depuis le 6 avril. En cinq jours, ils avaient alors obtenu le départ du président Omar El-Bechir. Cela apparaît aujourd’hui comme une victoire à la Pyrrhus: l’armée, qui avait arrêté le général El-Béchir, voulait ainsi conserver le pouvoir et s’était constituée en Conseil militaire pour diriger le pays.

Échec des négociations

Les civils ne s’y étaient pas laissé prendre et avaient obtenu le départ des dirigeants de cette première junte militaire. Depuis lors, un bras de fer oppose la société civile organisée en coalition, sous le nom d’Association soudanaise des professionnels (dirigée par des avocats et médecins), aux militaires.

En mai, un accord avait été trouvé pour une transition en trois ans, mais les deux parties négociatrices n’entendent pas la même chose par « Conseil souverain », l’organe qui doit diriger le pays pendant cette transition. Pour les civils, il doit être dirigé par les civils; pour les militaires, c’est le contraire. Depuis le 20 mai, la situation est bloquée.

Une grève générale a été observée les 28 et 29 mai, pour faire plier les militaires. Le 31, quelques centaines de personnes ont manifesté à Khartoum en faveur de l’armée, qui a reçu l’appui des régimes dictatoriaux d’Egypte, d’Arabie saoudite et des Emirats arabes unis. Samedi, le Secrétaire général de l’Onu a exhorté les deux parties à reprendre les négociations.

Appel à la désobéissance civile

La manifestation de lundi était destinée à appuyer un gouvernement dominé par les civils. Ses initiateurs ont appelé à la « désobéissance civile » dans tout le pays et à « renverser » la junte militaire. Lundi matin, l’armée a dispersé le sit-in. Elle nie avoir, pour cela, utilisé la violence, mais l’AFP a entendu des tirs, tandis que les forces de sécurité se déployaient dans les rues de Khartoum. Au moins 13 personnes sont mortes, dont plusieurs par balles, selon l’Association soudanaise des professionnels. Elle ajoute qu’il y a aussi un « nombre important de blessés graves ».

L’ambassade américaine, sur Twitter, a exhorté l’armée soudanaise à « cesser » cette opération de dispersion « injustifiée ». L’armée a qualifié le sit-in de « menace pour la paix et la sécurité publique ».

La Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme a appelé lundi les autorités soudanaises à « immédiatement » cesser ses « attaques ». Michelle Bachelet a déploré « l’usage excessif de la force », notamment de tirs à « balles réelles », sur les manifestants.

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