Angola : Cafouillage autour de la dépouille de Jonas Savimbi

Angola : Cafouillage autour de la dépouille de Jonas Savimbi

Dix-sept ans après la mort du chef rebelle, le gouvernement, la famille et le parti de Savimbi se disputent à propos de l’hommage à rendre à sa dépouille.

Dix-sept ans après la mort du président de l’ex-mouvement rebelle UNITA, Jonas Savimbi, tué lors d’un accrochage avec l’armée angolaise en février 2002, mettant fin à une guerre civile de 27 ans, devait avoir lieu mardi dernier la restitution du corps à sa famille.

Tout était réglé en principe. Le corps, enterré à Luena dans la province de Moxico à l’Est du pays, près du lieu où Savimbi perdit la vie, dans l’embuscade tendue par les Forças armadas angolanas, devait être réceptionné par ses proches dans cette ville. En vertu de la décision d’une Commission spéciale chargée de l’exhumation et de l’inhumation de la dépouille, créée en 2018 sur ordre du Président João Lourenço, dans laquelle étaient représentés le gouvernement, l’UNITA et la famille du défunt. Le corps avait été exhumé le 31 janvier dernier et une analyse ADN l’avait authentifié. Plusieurs cérémonies d’hommage étaient également prévues avant son inhumation officielle ce samedi 1er juin au cimetière de Lopitanga dans sa province natale de Bié.

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Mais le scénario a volé en éclats. Mardi, le coordinateur de la Commission des obsèques, Álvaro Chik Wamanga a révélé soudain que le gouvernement avait décidé la veille de remettre le corps à la famille, dans la ville de Cuito, à 331 km de Luena, désorganisant ainsi totalement le dispositif logistique qui avait été mis en place.

Du coup, la famille de l’ancien chef rebelle et les dirigeants de l’UNITA, dont le président actuel du parti, Isaias Samakuva se sont rendus dare-dare mardi à Cuito pour y attendre le corps à l’aéroport, en compagnie de plus d’un millier de militants du parti du Coq Noir, symbole du mouvement, ainsi que de nombreux journalistes venus spécialement de Luanda. C’est alors, nouveau coup de théâtre, que tout ce monde apprend avec stupéfaction que le corps avait été finalement transporté par les autorités à Andulo, à plus de 600 km, près du village natal de Savimbi où il doit être inhumé.

Le ministre d’Etat et chef de la sécurité présidentielle, Pedro Sebastião, arrivé à Cuíto, quinze minutes après les journalistes prend un hélicoptère pour Andulo sans même saluer les responsables de l’UNITA ou la famille, fulmine Álvaro Chik Wamanga. Durão Cheya Savimbi, l’un des fils du défunt leader s’avoue désamparé. « Qu’est-ce qu’on va faire maintenant ? Et puis, est-ce que la dépouille qui est là est vraiment celle de papa ? Cela nous pose vraiment un problème !« , déclare-t-il à Radio France Internationale. Sa sœur, Helena, déplore pour sa part une « confusion totale ».

Alcides Sakala, porte-parole de l’UNITA et ancien représentant du mouvement en Belgique accuse le gouvernement d’avoir changé ses plans à la dernière minute, affirmant que le pouvoir veut humilier l’UNITA. Et d’ajouter : « Cela n’aidera pas le processus de reconstruction nationale ». Pour sa part, Chik Wamanga condamne « les manoeuvres du MPLA (NDLR : le parti au pouvoir du Président Lourenço) et du gouvernement » qui prétend « boycotter l’hommage » à Jonas Savimbi. Julio Muehombo, représentant actuel de l’UNITA à Bruxelles déplore un « spectacle honteux » et une volonté de « punir la famille et de saboter les préparatifs des cérémonies« . En revanche, aux yeux du chef de la sécurité du Président Lourenço, c’est plutôt la famille qui n’aurait pas respecté le plan initial et qui n’a pas récupéré le corps comme prévu. Et il renvoie à l’UNITA l’accusation de sabotage. « L’Unita a créé une impasse… Ils n’étaient pas présents à Luena comme prévu. En leur absence, nous avons laissé le corps dans une caserne militaire de la municipalité d’Andulo« , explique-t-il. Selon Pedro Sebastião, l’UNITA aurait empêché ses représentants au sein de la Commission des obsèques d’être présents à Andulo, a-t-il indiqué mercredi à Luanda lors d’une conférence de presse.

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