RDCongo: les funérailles de « Ya Tshitshi » ressouderont-elles l’UDPS?

RDCongo: les funérailles de « Ya Tshitshi » ressouderont-elles l’UDPS?

Par Marie-France Cros.

La dépouille mortelle d’Etienne Tshisekedi, décédé le 1er février 2017 à Bruxelles – où elle a été conservée jusqu’ici dans une morgue – doit arriver ce jeudi 30 mai à Kinshasa, en vue de grandioses funérailles. Ce moment de communion arrivera-t-il à ressouder l’UDPS autour de la mémoire de son « lider maximo », alors que le parti du président Felix Tshisekedi, fils du disparu, est déchiré par des divisions dont les conséquences pourraient être graves pour la formation politique et pour le pays?

Le cercueil de l’ancien Premier ministre et ancien chef de l’opposition congolaise arrivera le jeudi 30 mai à Kinshasa. Il sera exposé le vendredi 31 mai au Stade des Martyrs, où la messe d’enterrement sera célébrée le samedi 1er juin à 10h par l’archevêque de Kinshasa, Mgr Fridolin Ambongo. Son secrétaire-chancelier a adressé, le 25 mai, une lettre aux abbés et curés de l’archidiocèse pour leur demander « d’encourager vos fidèles disponibles à y participer ».

Un parti ultra-divisé

Cela laisse augurer d’une importante assistance en plus des militants de l’UDPS, dont le défunt avait été un des treize fondateurs. Ces militants sont aujourd’hui divisés. Non seulement en UDPS-Kibassa, UDPS-Peuple (Mubake), UDPS-Tshibala et UDPS-Tshisekedi, mais encore cette dernière, estimée la branche la plus importante, est-elle secouée par de violents désaccords depuis l’écrasement de ce parti aux élections (indirectes) des sénateurs et des gouverneurs de province, en mars et avril derniers. La formation de feu « Ya Tshitshi » ne dispose en effet que d’un seul gouverneur sur 26; d’un seul sénateur sur 108 et d’une quarantaine de députés à l’Assemblée nationale sur 500.

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Cette déroute est généralement considérée comme la conséquence du marché secret passé entre les Présidents sortant, Joseph Kabila, et entrant, Felix Tshisekedi (au second la Présidence, au premier les assemblées nationale et provinciales) alors que la Ceni n’a toujours pas publié, comme elle le doit, les résultats détaillés des scrutins – donc les preuves que ceux qu’elle a déclarés « élus » l’ont vraiment été.

Les tribunaux rejettent Kabund

Les militants de l’UDPS, après avoir fêté l' »élection » de Felix Tshisekedi, ont accueilli comme une douche froide les résultats officiels des autres scrutins et en ont rendu responsable Jean-Marc Kabund a Kabund, nommé « président ad interim » du parti en janvier dernier par Félix Tshisekedi de manière unilatérale – une procédure que ne prévoient pas les statuts de l’UDPS et qui est considérée comme illégale par les cours et tribunaux congolais. Ceux-ci ont rejeté tous les mandats ainsi signés par M. Kabund « pour défaut de qualité du signataire ».

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Depuis lors, deux tendances se disputent – et se sont battues début mai à Kinshasa. D’un côté, la tendance Kabund – devenu, depuis lors, premier vice-président d’une Assemblée nationale dominée de manière écrasante par les kabilistes, dont il semble de plus en plus proche – qui affirme que sa nomination respecte la légalité. De l’autre côté, la tendance Jacquemin Shabani/Peter Kazadi, appuyée par les députés de l’UDPS et plusieurs organisations de jeunes du parti (JUDPS/Nord-Kivu et Force du Progrès notamment), partisane d’un retour aux prescrits de l’article 26 des statuts de l’UDPS, qui exige qu’un directoire (dont ferait partie Kabund) devant prendre des décisions « par consensus », assure l’interim et organise, dans le mois, un congrès en vue de l’élection du nouveau président du parti.

Félix Tshisekedi vulnérable

Non seulement la crise menace l’intégrité de l’UDPS mais également celle du nouveau régime. En effet, si les cours et tribunaux considèrent la nomination de Kabund comme nulle et non avenue, ils peuvent logiquement considérer que Félix Tshisekedi reste le président de la formation – ce que lui interdit l’article 96 de la Constitution depuis qu’il a prêté serment comme chef de l’Etat, le 24 janvier 2019.

Une bonne raison de le faire destituer par le parlement si le besoin s’en faisait sentir pour les kabilistes, qui contrôlent cette institution.

A lire –> Communiqué de l’Archidiocèse de Kinshasa

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