Move with Africa: quand les différences rassemblent

Move with Africa: quand les différences rassemblent

C’est dans la toute nouvelle ferme agro-écologique mise en place pour l’association locale AJE, partenaire d’Asmae, que les jeunes élèves ont passé deux semaines, à l’écart du bruit de la ville, des réseaux sociaux et de toutes ces sources de distractions que peut revêtir le quotidien bruxellois. “Se couper du monde” ou, peut-être au contraire, revenir au Monde, à l’humain, à l’essentiel.

Dans ce nouvel univers, chaud et sec, les élèves se sont initiés à de nouveaux rythmes de vie et à de nouvelles traditions pour apprendre à connaître, non pas sans quelques moments d’appréhension, leurs correspondants sénégalais qui logeaient avec eux. “Café au lait !” criait Demba, le souriant et jovial animateur d’AJE, pour tenter, avec humour, de mélanger les élèves encore timides. C’est évidemment naturel de vouloir rester entre visages familiers lorsque l’on est confronté à l’inconnu. Mais l’être humain a ce talent merveilleux que de pouvoir, s’il est prêt et formé, se confronter à ses peurs et aller de l’avant. Aller vers l’Autre, le comprendre et échanger devient alors une des plus grandes sources d’enrichissement personnel qui lui est offert.

Le partage de nos richesses culturelles

Durant tout le séjour, c’est d’abord en “laissant faire” qu’Asmae a tenté de créer des échanges entre les jeunes. Sur le temps de midi, lorsque le soleil tapait trop fort, il fallait bien se résoudre à rester à l’ombre et c’est précisément durant ces moments-là que la glace a pu se briser et qu’ensemble les jeunes ont décidé de s’occuper. Entre pétanque, jeux de cartes, thé à la menthe et ateliers tresses, les activités n’ont pas manqué pour discuter, en attendant les brises plus douces de l’après-midi. Ysaline nous a ainsi initiés à sa musique avec quelques pas de danse, Moussa nous a raconté comment la ferme agro-écologique est née, Bamba a marqué des scores à la pétanque et Lisa a appris ses premiers mots de wolof. Les discussions étaient omniprésentes et chacun a tenté de comprendre l’autre, sa culture et ses aspirations. Bass veut absolument devenir rappeur tandis qu’Arona apprend à devenir tailleur. Bastien, quant à lui, s’est montré tendre et attentionné avec Fatou, le bébé de notre cuisinière dont il a appréhendé les besoins. Comme la question de la famille revenait souvent dans les échanges, il fut décidé d’organiser un faux mariage belge et sénégalais. Les élèves ont pris place le soir, après le dîner, pour mimer un mariage belge classique. Les Sénégalais ont fait de même, et à quelques différences près, dont la longueur qui a interpellé les jeunes belges, l’union des deux êtres a pris place.

Le lendemain, place au débat : on voulait comprendre nos différences. “Peut-on vivre ensemble sans être mariés en Belgique ?” a demandé Sadio. “Avez-vous une dot ?” a questionné Moussa. Et là, les réponses ont varié : “Chez moi, il faut offrir le plus beau des tissus possibles. Chez d’autres, on offre juste une bague”, a répondu Himan. “Au Rwanda, on offre une vache”, a précisé Judith, la responsable d’AJE. Les différences existent, c’est sûr ! Ce qui fut intéressant, c’est de réaliser que les réponses des Belges et des Sénégalais variaient elles aussi, car même au sein d’un pays les pensées et les traditions ne sont pas identiques. Comprendre cela, c’est déjà s’éloigner du mécanisme de généralisation qui, bien souvent, mène aux stéréotypes et aux préjugés. “Peut-on se marier entre catholiques et musulmans 
?”, a poursuivi Marco. Jules nous a répondu que oui, que c’est permis et qu’il a lui-même assisté à un mariage mixte récemment. Les jeunes furent surpris et parfois choqués surtout lorsque fut évoquée la possibilité pour une femme veuve de se remarier avec le frère de son mari défunt ou encore la polygamie. Malgré cela, on a continué, on a ouvert des portes et tenté de comprendre. Si la femme peut épouser le frère du mari, c’est pour rester dans le cercle familial dans lequel elle a pris place et ne pas se retrouver seule, dépourvue. En ce qui concerne la polygamie, c’est évidemment un sujet vaste et compliqué, mais comme l’a souligné la professeure Violette “On n’a peut-être pas une polygamie légale en Belgique, mais nous avons très fréquemment des relations extra-conjugales”. Formés depuis un an à ouvrir leurs esprits et à se désinvestir de leurs jugements a priori, les élèves étaient prêts et sereins pour écouter leurs correspondants. Une discussion passionnante et enrichissante qui n’a fait que rapprocher davantage les membres du groupe.

Un départ plein d’émotions

Partager son quotidien pendant deux semaines et devoir se dire adieu, en voilà une tâche difficile. C’est dans les pleurs, tant du côté sénégalais que belge, que Demba a tenté quelques notes de gaieté pour célébrer un départ, certes, mais aussi une fabuleuse rencontre et une expérience unique ayant marqué tous ses participants. Malgré les montées d’émotions qui ont coupé le souffle à la plupart des jeunes, les paroles de Jean-Thomas, le responsable d’Asmae, semblent avoir épousé parfaitement les ressentis de chacun.

Selon lui, un concept incarne l’expérience qu’il vient de vivre : “la négociation”. C’était effectivement le mot d’ordre du séjour. Il fallait négocier un programme, revoir des activités, faire des adaptations du côté sénégalais comme du côté belge. S’adapter, transformer, s’écouter et trouver un compromis qui arrange tout le monde. La rencontre avec l’Autre, c’est donc comprendre que, malgré les différences, un rassemblement est possible lorsque chacun y met du sein. Comme l’a montré MWA, de cette démarche naissent de très belles amitiés. C’est dans un car silencieux, les yeux embrumés, que les élèves et leurs professeurs ont dit au revoir une dernière fois aux Sénégalais, encore bercés par la voix d’Astou et son doux chant de départ “Boul dioye, chérie coco, boul dioye” (ne pleure pas, chérie coco, ne pleure pas).

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