RDCongo: la Ceni rappelée à l’ordre: et les élections locales?

RDCongo: la Ceni rappelée à l’ordre:  et les élections locales?

Par Marie-France Cros.

La Conférence épiscopale congolaise et la société civile du Kasaï ont rappelé à l’ordre la Ceni (Commission électorale nationale indépendante), qui n’a pas encore convoqué l’électorat pour les élections locales qui doivent se dérouler à partir du 22 septembre prochain. La Ceni aurait dû – selon son propre calendrier – procéder à cette convocation le 18 mars dernier, mais rien n’a été fait.

D’aucuns y voient une preuve de plus que cet organe – réputé acquis à Joseph Kabila – n’avait d’autre mission que d’assurer la prolongation de la main-mise de l’ancien chef de l’Etat sur le pouvoir. Rappelons que près de cinq mois après les élections présidentielle, législatives nationale et provinciales du 30 décembre 2018, la Ceni n’a toujours pas publié les résultats électoraux bureau de vote par bureau de vote, comme elle y est requise par la loi. Elle ne peut donc prouver que ceux qu’elle a proclamé « élus » l’ont réellement été et n’ont pas été nommés: le Président de la République, les députés nationaux et les députés provinciaux. Ces derniers élisant les sénateurs nationaux et les gouverneurs de province, tous les niveaux de pouvoir sont aujourd’hui d’une légitimité douteuse en RDCongo.

Essentielles pour la décentralisation

La même Ceni, qui a montré à de multiples reprises son incapacité, doit normalement encore organiser les élections locales: le 22 septembre celles des conseillers communaux et conseillers de secteur ou chefferie; le 4 décembre, les conseillers urbains, les bourgmestres et les chefs de secteur; le 25 janvier 2020, les maires et maires-adjoints des villes.

Ouvrant mardi à Kinshasa le Forum national de la Commission Justice et Paix, le secrétaire général de la Conférence épiscopale congolaise (Cenco), l’abbé Donatien Nsholé, a souligné l’importance de ces scrutins locaux pour la démocratie mais aussi pour la décentralisation imposée par la Constitution.

Manque d’intérêt de la classe politique

Jusqu’ici, ces élections locales n’ont pourtant jamais eu lieu, ni en 2006, ni en 2011. Et cela par manque de volonté politique, la classe politique congolaise ayant plus à cœur d’occuper des postes juteux que de réellement organiser ladécentralisation du pays; le désir de la plupart des politiciens est de vivre en ville (puisqu’ils ont toujours négligé le développement des zones rurales, la vie y est difficile) et la politique locale n’est pas un enjeu pour eux.

Cela a fait – bien sûr – le bonheur de Joseph Kabila, qui a pu ainsi nommer directement les maires des villes, les bourgmestres et les chefs de secteur, soit un grand nombre de postes à distribuer, ce qui lui permet d’entretenir sa clientèle politique et de contrôler le territoire.

Les plus difficiles à organiser

Ces élections sont les plus difficiles à organiser, en raison du grand nombre de circonscriptions électorales. La secrétaire exécutive adjointe de la Commission Justice et Paix de la Cenco, Sœur Nathalie Kangaji, a néanmoins fait observer mardi à la Ceni qu’il lui faudrait, cette fois, publier les résultats bureau de vote par bureau de vote si l’on ne voulait pas assister à une escalade de conflits communautaires sur tout le territoire de la République. Elle a également appelé les partis politiques à recruter, former, faire accréditer et déployer leurs témoins électoraux, afin d’assurer le contrôle des élections.

Le coordonateur au Kasaï de l’ONG Nouvelle Société civile congolaise (NSCC), Alain Nkashama Muana, a , de son côté, demandé au nouveau Premier ministre, Sylvestre Ilunga, rapporte APA, d’inclure les financements des élections locales, municipales et urbaines dans le programme d’action qu’il devra présenter à l’Assemblée nationale. Si ces élections n’ont pas lieu cette fois, a ajouté M. Nkashama, « la NSCC se réserve le droit de mener des actions de grande envergure ».

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