RDC : Sylvestre Ilunga, Premier ministre par défaut

RDC : Sylvestre Ilunga, Premier ministre par défaut

Sylvestre Ilunga Ilukamba, 72 ans, est devenu le nouveau Premier ministre de la République démocratique du Congo. Cet un ancien professeur à la faculté des sciences économiques de l’université de Kinshasa, fut conseiller du maréchal Mobutu en matière économique et financière. « Un homme qui peut peut-être faire le consensus entre Kabila et Tshisekedi », explique une source congolaise qui a bien connu cet homme quand il était à la tête du Comité de pilotage et de réforme des entreprises du portefeuille de l’Etat (Copirep). Un poste qu’il a abandonné en mars 2014 pour prendre les commandes de la Société nationale des chemins de fer du Congo (SNCC).

Un vrai challenge que le professeur Ilunga n’a pas vraiment réussi à relever. La SNCC, société décatie et victime de sous investissement, a enregistré un nombre catastrophique d’accidents, surtout dus à des déraillements, qui ont causé la mort de dizaines de Congolais sous son mandat.

Le professeur d’économie n’a pas non plus fait l’unanimité du côté des employés de la SNCC qui furent parmi les premiers dans les services publics à débrayer et à crier leur colère après l’intronisation de Félix Tshisekedi.

RDC : La primature au FCC. Jean Mbuyu nouveau favori

Les employés de la SNCC étaient descendus dans la rue en février dernier pour réclamer les arriérés de salaires qui parfois remontaient à près de 20 ans !

« C’est un homme posé mais ce n’est pas un homme en phase avec la réalité du terrain », nous explique une autre source.

Pourquoi ce choix ?

« D’abord parce qu’il est proche du FCC et de Kabila et Katangais sans avoir à trimbaler des casseroles comme les autres candidats qui avaient été proposés à Félix Tshisekedi par l’ex-président ».

Joseph Kabila avait proposé trois noms. Son favori, Albert Yuma, le patron de la Gécamines, a rapidement été mis sous pression par les Etats-Unis. Un « no » américain bien intégré par Félix Tshisekedi. Yuma nommé Premier ministre, c’était la descente aux enfers pour le locataire de la cité de l’Union africaine sur lequel Washington compte toujours pour « déboulonner » Kabila.

RDC : Tshisekedi tient son futur Premier ministre

Restaient deux noms : Henri Yav, le ministre des Finances, et Jean Mbuyu. Tous les deux Katangais et proches de Joseph Kabila.

Mais l’étoile d’Henri Yav a pâli aux yeux de Joseph Kabila quand l’homme s’est rapproché de Félix Tshisekedi. « L’ancien président soupçonne Yav d’avoir confié des informations confidentielles à son successeur, notamment sur des dossiers financiers très personnels. Kabila a d’ailleurs rapidement enterré la piste Yav, alors que Félix la défendait ».

C’est ainsi que la piste Jean Mbuyu est apparue comme la plus crédible pendant plusieurs semaines jusqu’à ce que des révélations surgissent dans la presse sur un potentiel enrichissement personnel et un détournement de fonds dans un dossier de plantation pour le compte de Joseph Kabila. Jean Mbuyu était pointé du doigt pour avoir sorti près de 20 millions de dollars de la Gécamines pour le financement de ce projet.

Il a donc fallu se rabattre sur un autre candidat.

« Cela devenait compliqué de trouver un profil au  sein du PPRD. explique un homme politique congolais. « Ils étaient tous soit impliqués dans des affaires louches, soit sous sanctions internationales, soit considérés comme trop extrémistes. Finalement, c’était la chance du « prof Ilunga ». Il est proche de Kabila mais sans avoir la proximité d’un Yuma et il n’a pas les bras trempés dans des dossiers louches. Par contre, professionnellement, sa carrière n’est pas un exemple de réussite. Mais finalement, il doit sa carrière à Kabila, il est Kantangais, il ne fera pas de vague et il n’a jusqu’ici aucun contact avec Félix Tshisekedi. Le candidat idéal pour l’ancien président qui reste plus que jamais aux manettes. Tshisekedi a dû découvrir le nom de son futur Premier ministre avec surprise. Je suis persuadé qu’il n’avait même jamais entendu parlé de lui. Ceci démontre clairement que c’est toujours Kabila qui tire les ficelles. Même si Tshisekedi peut dire qu’il est parvenu à faire barrage à Yuma« , poursuit, amusé, l’ex-député du Katanga.

Que pensez-vous de cet article?