Clément Kanku nie tout et donne sa version

Clément Kanku nie tout et donne sa version

Le ministre de la coopération du gouvernement Badibanga ne veut pas être le bouc émissaire dans le dossier de l’assassinat des deux experts de l’Onu.

La mort de deux experts des Nations unies, Zahida Catalan et Michael Sharp, portés disparus le 12 mars alors qu’ils se trouvaient à environ 120 km au sud de Kananga, cinq jours après leur arrivée dans la région, n’a pas fini de faire couler de l’encre. Leurs corps, ainsi que celui de leur interprère ont été retrouvés et formellement identifiés le 28 mars. Les trois chauffeurs, eux, n’ont toujours pas été retrouvés.

Les deux chercheurs des Nations unies, un Américain et une Suédoise, avaient pour mission d’enquêter sur les violations des droits de l’homme au Kasaï central. Ils sont tombés dans une embuscade, quelques jours seulement après leur arrivée dans la région.

Menace onusienne

Dans la foulée de leur disparition, les Nations Unies avaient estimé que le « manque de coopération » du gouvernement congolais « freinait les efforts déployés par la Monsuco pour retrouver la trace des experts ». Et le chef de cette mission onusienne Manan Sidikou, avait prévenu le 15 mars dernier que « si par malheur, il arrive quelque chose, (…) il y aura des conséquences sérieuses ».

Les images qui posent question 

Depuis la découverte de ces corps, le gouvernement congolais a diffusé, le 24 avril, une vidéo qui devait démontrer la responsabilité de la milice des Kamuina Nsapu dans le meurtre de ces experts. Une vidéo qui a fait naître plus de questions qu’elle n’a amené de réponses. Ces images, leur montage, les voix audibles en arrière fond laissaient supposer, à tout le moins, un « bidouillage » que seraient bien incapables d’organiser des rebelles va-nu-pied.

Les questions que nous nous sommes posées ont été largement relayées. La vidéo, qui devait charger les Kamwina Nsapu et dédouaner les autorités congolaises, n’a clairement pas atteint son but. Pire, beaucoup ont commencé à évoquer la main de l’Etat congolais derrière ces actes barbares, laissant supposer que les experts de l’Onu auraient mis la main sur des indices sérieux quant à l’identité des responsables des exactions commises contre des civils dans les Kasaï.

Après les images, le son

L’échec de la vidéo, les critiques acerbes des Nations unies sur l’engagement des autorités congolaises dans ce dossier du double meurtre et une pression médiatique ont mis certains responsables politiques sous haute tension à Kinshasa. Samedi dernier, la justice militaire, envoyée sur place pour enquêter tant sur « le dossier des tueries imputées aux éléments des FARC dans la localité de Mwanza-Lomba » (Kasaï oriental), que sur « les tueries des experts de l’Onu et de leurs accompagnateurs , oeuvre des insurgés de Kamwina Nsapu », annonçait avoir cloturé ses investigations et parlait de « faits perpétrés dans le contexte d’un conflit armé ne présentant pas un caractère international opposant les insurgés Kamwina Nsapu aux forces de l’ordre…

Bref, les deux dossiers sont , selon la justice militaire congolaise, des affaires qui doivent être réglées entre Congolais. Mission internationale d’enquête, passez votre chemin.

Dans la foulée, un article  du quotidien américain New york Times mettait en accusation un ancien ministre du gouvernement Badibanga : Clément Kanku, ministre de la Coopération, originaire de Dibaya dans le Kasaï occidental. Un article qui faisait état du fait que Mme. Catalan disposait d’un enregistrement sonore sur son pc. Enregistrement qui, selon la traduction faite de la langue tchiluba, indique un lien direct entre ce ministre et des massacres perpétrés au Kasaï par les Kamwina Nsapu. L’enquêteuse onusienne aurait fait savoir au ministre déchu qu’elle disposait de cet enregistrement. Déduction rapide : Kanku a fait tuer la jeune femme qui en savait trop.

Un peu tissé de fil blanc à l’instar de la vidéo prédécente. Comment expliquer en effet que cette enquêteuse ait disposé de cet enregistrement ? Qui a pu réaliser cet enregistrement ? Comment expliquer que les « experts scientifiques » congolais qui ont reussi à retrouver une vidéo en quelques jours, aient mis un mois de plus pour dénicher cet enregsitrement sonore qui se trouvait sur le bureau du PC de Mme Catalan?

Les explications de M. Kanku

Mardi, Clément Kanku a été interdit de conférence de presse. Quelques heures plus tôt, le Procureur général de la République avait annoncé, avec une célérité surprenante, l’ouvertured’une enquête contre M. Kanku. Depuis, M. Kanku est introuvable. « Certains l’annoncent dans l’ambassade du Canada mais c’est de la pure invention, explique à La Libre Afrique.be un de ses proches. Mais c’est vrai que nous sommes prudents désormais. On n’était pas trop d’accord pour qu’il s’explique dans une conférence de presse. C’était trop dangereux. En interdisant la tenue de cette réunion, le PGR nous a bien aidé. Aujourd’hui, M. Kanku s’explique à travers une mise au point signée par son parti Le Mouvement pour le Renouveau ». 

Une explication qui tient sur une page et qui dément « catégoriquement » tous « les propos diffamatoires contenus dans cet article (du New York Times) et déplore, entre autres, l’usage maladroit et orienté d’un élément sonore à des fins inavouées ».

Le texte regrette aussi la traduction « approximative » faite de l’enregistrement sonore et affirme  que M. Kanku « n’a aucune raison de redouter d’être confronté à un quelconque élément sonore. De tout ce qui précède, le MR  est convaincu que cet article a été publié dans l’unique dessein de nuire à la personne du président Clément Kanku, de porter atteinte à son honneur et détourner intentionnellement l’attention de l’opinion sur les réelles causes du décès des deux enquêteurs de l’ONU ainsi que des massacres dont la population Kasaïenne est victime. Lesdites insinuations distillées dans cet article ne constituent ni plus ni moins qu’une imputation dommageable et une dénonciation calomnieuse ». ;

« Je pense que nous allons porter plainte contre le New York Times. Monsieur Kanku s’expimera rapidement mais il faut qu’il puisse le faire dans des conditions de sécurité suffisantes. Il ne sera pas un bouc émissaire. Il veut faire éclater la vérité même si elle dérange au plus haut niveau », conclu ce proche qui pointe aussi « une image qui circule sur les réseaux sociaux où l’on voit M. Kanku avec des interlocteurs blancs. Un homme et une femme présentés comme les deux experts des Nations Unies. C’est du grand n’importe quoi. Il s’agit en fait de photos prises lors de la visite que M. Kanku a effectué à Genève vers le 20 mars 2017 dans le cadre d’une mission officielle en sa qualité de ministre à la Coopération au Développement. Cela n’a rien à voir avec une prétendue rencontre avec les experts onusiens qui aurait eu lieu à Kinshasa ».

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