RDCongo: violences au siège de l’UDPS, rongée par les rancoeurs

RDCongo: violences au siège de l’UDPS, rongée par les rancoeurs

Par Marie-France Cros.

De violentes bagarres ont opposé, mercredi soir, deux groupes rivaux de militants UDPS, à la permanence du parti du président Félix Tshisekedi, 12ème rue à Limete (Kinshasa). Ces deux groupes représentent deux courants d’opinion opposés, au sein de la formation politique, notamment au sujet de l’accord passé entre Tshisekedi et le « Président honoraire », Joseph Kabila, pour se partager le pouvoir, au mépris des résultats électoraux.

Voilà un moment que la pression montait. Les militants UDPS, qui avaient fêté en janvier la « victoire » de leur camp, se sont peu à peu rendu compte qu’elle était un trompe-l’œil. Dans le partage du pouvoir, Tshisekedi a le fauteuil présidentiel, Kabila tout le reste.

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Le pire est que les kabilistes n’ont pas le triomphe discret et tiennent à faire savoir qu’ils restent les patrons du Congo. Le chef de l’Etat n’a-t-il pas dû utiliser un vol commercial pour se rendre au Katanga parce que le « Président honoraire » utilisait l’appareil présidentiel de la République? Tshisekedi n’est-il pas toujours logé à la Cité de l’Union africaine – destinée aux hôtes de passage de l’Etat – tandis que les Kabila sont restés dans la résidence présidentielle, que l’ancien chef de l’Etat dit avoir achetée sans en avancer les preuves?

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Tshisekedi impuissant

A plusieurs reprises la base de l’UDPS a accueilli son Président en lui rappelant le mot d’ordre de feu son père: « le peuple d’abord ». Félix Tshisekedi se démène pour montrer que son arrivée à la Présidence entraîne des progrès – la libération des prisonniers politiques en est la manifestation la plus visible – mais il est impuissant face à la domination des institutions qu’il a accordée aux kabilistes en échange du fauteuil présidentiel. C’est la raison pour laquelle il n’a toujours pas nommé un Premier ministre issu de la majorité parlementaire, comme l’exige la Constitution: si un gouvernement était formé, son étroite liberté de mouvement serait encore restreinte.

C’est dans cette atmosphère de plus en plus tendue que, mercredi soir, des partisans de Jean-Marc Kabund A Kabund, nommé unilatéralement président ad intérim de l’UDPS par Félix Tshisekedi, ont refusé l’accès au siège du parti à un groupe de militants accompagnant deux figures de l’UDPS, Victor Wakwenda et Jacquemin Shabani; le premier préside la Convention du parti (CDP), un de ses organes dirigeants, le second président sa Commission électorale permanente.

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L’UDPS dirigée par un directoire – ou par Kabund?

Le 27 avril, rejetant la nomination unilatérale de Kabund A Kabund comme président de l’UDPS, la Convention avait désigné un directoire pour diriger la formation politique, comprenant notamment MM.  Wakwenda et Shabani. Ce directoire devait se réunir mercredi soir au siège du parti. C’est là que les pro-Kabund leur ont refusé l’accès.

Le ton a rapidement monté, des projectiles ont été lancés, des coups échangés. La police a tiré des grenades lacrymogènes contre les arrivants, aidant – sciemment ou non? – les pro-Kabund à avoir le dessus. Selon une des sources de La Libre Afrique, la délégation Wakwenda-Shabani a été poursuivie jusque « dans la résidence privée de Papa Etienne », avenue des Pétunias, où la Convention de l’UDPS avait annoncé la mise en place d’un directoire le mois dernier; la grille en aurait été cassée. Il y a plusieurs blessés, indiquent plusieurs sources de La Libre Afrique.be

Kabund « manipulé » et responsable de la débâcle

Jean-Marc Kabund A Kabund est de plus en plus contesté au sein du parti. Depuis la fin 2018 circule la rumeur qu’il se laisse manipuler par l’ANR (Agence nationale de Renseignement). Une video a circulé le montrant fréquentant les élites kabilistes dans un centre de loisir huppé, avec lesquelles il pratique maintenant l’équitation. Mais, pour la base de l’UDPS, le coup de grâce a été la débâcle des élections indirectes.

Les députés provinciaux (comme les députés nationaux) proclamés élus par la Ceni (Commission électorale nationale indépendante), sans qu’elle en fournisse les preuves requises, sont très majoritairement kabilistes. Ce sont eux qui élisent indirectement les sénateurs nationaux et les gouverneurs de province; dans ces deux types de scrutin, cependant, les résultats ont montré une prépondérance kabiliste plus grande encore. Les députés provinciaux sont donc accusés de s’être laissés corrompre – et ce résultat désastreux est mis au passif de Kabund.

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