Move With Africa: petit poisson deviendra grand…

Move With Africa: petit poisson deviendra grand…

« Si je reçois un poisson, je mangerai un jour. Si j’apprends à pêcher, je mangerai toute ma vie ». Qui d’entre nous n’a jamais entendu cette maxime ? Qui d’entre nous n’a jamais été abordé, en janvier, par un vendeur lui proposant d’acheter une pochette de modules colorés, petits bonshommes solidaires, aux bras grands ouverts, à imbriquer les uns dans les autres ? Hé oui, les « Iles de Paix » se rappellent à notre générosité, une fois par an, mais en réalité, c’est jour après jour que cette ONG se bat contre l’insécurité alimentaire, notamment au Bénin.

Présents dans le nord du pays, dans le département de l’Atacora, les « Iles de paix » accompagnent près de 3500 familles qui, a leur tour, font des émules, de sorte que ce sont près de 30 000 personnes qui sont touchées, aujourd’hui, par le projet AMSANA (appui multisectoriel à la sécurité alimentaire et nutritionnelle dans l’Atacora). Enoncées de la sorte, les choses paraissent lointaines, voire irréelles, mais grâce au projet « Move with Africa », nous avons pu constater de visu le travail remarquable réalisé sur le terrain et nous souhaitons, très modestement, en témoigner…

Alors que nous avons parcouru des dizaines de kilomètres à travers une poussière rouge qui nous accompagnera tout au long de notre périple, nous découvrons, adossées aux abords du barrage de Merihoun, des dizaines de « planches » de légumes, verdoyantes. Ici, chaque élément a son importance ! La présence du barrage d’abord, est déterminante, car l’arrosage des planches est du coup plus facile même si, en période sèche, l’eau s’éloigne, rendant le travail plus fastidieux. Les barrières en tiges de mil ensuite, qui circonscrivent un site de près d’un hectare, limitent la divagation du bétail, qui risque de piétiner et dévorer les cultures.

La visite du jardin est riche en explications et étonnements ! Les légumes sont variés : les aubergines côtoient les oignons, les piments, les gombos – une espèce de gros haricot, qui se consomme comme légume ou comme condiment, lorsqu’il est séché. On trouve même quelques planches de…tomates ! Qui s’attend à cela, vu la chaleur ? Mais ce qui impressionne tout particulièrement, ce sont les connaissances de ces maraîchers. Ici, ils nous livrent quelque recette traditionnelle ; là, ils nous expliquent les bienfaits médicinaux d’une feuille pour les jeunes femmes qui viennent d’accoucher. Enfin, certaines associations font penser à la permaculture. Ce n’est pas si étrange, lorsqu’on sait que les techniques de cultures associées, en vue d’une meilleure récolte, font partie intégrante de l’accompagnement proposé par « Iles de Paix ».

Sous le manguier, nous sommes accueillis par un groupe de femmes, fières de nous montrer leur travail ! Elles dansent et chantent pour nous, quel cadeau de bienvenue ! Et certains d’entre nous ne résistent pas à les rejoindre… La danse et le chant, c’est une façon de nous remercier d’avoir parcouru des milliers de kilomètres, d’être venus de Belgique pour admirer leur travail. Elles nous rendent hommage alors, qu’en réalité, les vraies « vedettes », ce sont ces femmes, majoritaires dans le travail du maraîchage, qui portent sur leurs épaules la sécurité alimentaire de leur famille.

Ici, la faim est bel est bien une préoccupation majeure. La période de soudure, c’est-à-dire la période durant laquelle la nourriture se raréfie, limitant la famille à un seul repas par jour, est particulièrement difficile à vivre. Pour permettre aux familles de survivre, plusieurs initiatives sont mises en place : pratiquer le maraîchage de contre-saison, inciter les familles à produire leur propre nourriture, ou encore, pratiquer le warrantage. De quoi s’agit-il ? Dans un « magasin », un énorme hangar de stockage, les producteurs amènent une partie de leur récolte, à laquelle ils pourront accéder plus tard, lorsque la nécessité se fera sentir. Grâce au dépôt de leur « surplus », ils bénéficient non seulement d’un micro-crédit, mais ont aussi la possibilité de vendre à un moment plus opportun, freinant ainsi la précarité.

Dans certains villages existent des greniers traditionnels, mais, malheureusement, leur conception, peu pratique, ne permet pas une conservation optimale du grain, qui se détériore et se gâte rapidement. Sous l’impulsion d’Iles de Paix, ces greniers s’améliorent, désormais dotés de compartiments et de vannes de distribution ; proposant en outre un espace de protection pour les animaux de la basse-cour.

Ce qui nous frappe aussi, c’est que nous parcourons des kilomètres à travers un paysage aride, désertifié et, soudain, au détour d’une piste ou d’une route surgit une oasis, mirage ou miracle au milieu de nulle part.

Lorsque nous apercevons Tapoga au loin, quelle claque ! Alors que nous étions fatigués par trois jours de visites intensives, que certains d’entre nous étaient affaiblis par des problèmes intestinaux et que nous n’avions plus qu’une seule envie, nous arrêter et nous reposer, ce jardin et son puits s’offrent à notre regard… Alors que quelques centaines de mètres plus tôt, le paysage était brûlé par 45 degrés accablants ! Cette fois encore, nous sommes accueillis avec ferveur et les maraîchers sont heureux de nous faire découvrir leur travail. Car c’est bien de leur travail dont il s’agit ! Les « Iles de Paix » recherchent, à long terme, l’autonomie des bénéficiaires. Pas question de charité ou d’assistanat, mais bien une responsabilisation de chacun… Par exemple, les compétences des femmes dans la production du riz et du fonio – une céréale au goût de noix, proche de la semoule – sont développées, afin d’en améliorer la qualité. Dans certains villages, « les jardins de case » sont initiés, espèces de petits potagers individuels, attenants à l’habitation. Et puis, il y a la pratique du compostage plutôt que le recours aux engrais chimiques qui enferme les agriculteurs dans un cercle vicieux de dépendance. Ici encore, l’action d’ « Iles de Paix » est décisive. En effet, la fabrication d’un compost de qualité nécessite de l’eau et l’eau, c’est de l’or… Alors, il faut initier les populations à des techniques alternatives, comme le zaï, qui consiste à placer le compost directement au pied des cultures.

Thaïssa (IdP), Régine (volontaire IdP), Audrey (Idp), passionnées…

Au terme de notre voyage, désormais, pour nous, « Iles de Paix », ce sera plus qu’un petit module… Nous resterons marqués par la fierté des maraîchers qui nous ont accueillis, par la passion des collaborateurs d’ « Iles de Paix » et, surtout, nous nous souviendrons que le résultat est là, concret, et n’est pas qu’un vœu pieux…

Isabelle Fontaine, pour l’ISU

Merci à Manon de Meersman pour les photos et la vidéo 😊

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