RDC: le retour de Ne Mwanda Nsemi: une nouvelle manœuvre politique?

RDC: le retour de Ne Mwanda Nsemi: une nouvelle manœuvre politique?

Par Marie-France Cros.

Curieux pays que le Congo, où un évadé de prison donne une conférence de presse en plein jour, dans la capitale, sans être inquiété. C’est pourtant ce qui est arrivé lundi à Ne Mwanda Nsemi gourou du parti-secte Bundu dia Kongo, devenu Bundu dia Mayala.

 https://afrique.lalibre.be/3252/rdc-qui-est-ne-mwanda-nsemi-evade-mercredi-de-makala/

S’appuyant sur le particularisme Kongo, Ne Mwanda Nsemi revendique l’indépendance des provinces qui furent le cœur de l’ancien royaume Kongo (Kongo-Central, Kinshasa, l’ex-Bandundu, divisé depuis 2015 en Kwango, Kwilu et Mai Ndombe). Son rejet des « non-originaires » de ces régions, qui touche souvent à la xénophobie, trouve un large écho dans la population kongo mais celle-ci récuse la violence parfois utilisée par la secte.

Victime d’une « magouille » électorale

Cette dernière a été la cible de violentes exactions de la part des forces de l’ordre envoyées par le président Joseph Kabila en 2007 et 2008 (quelque 250 morts au total parmi les  membres de la secte, dont beaucoup abattus alors qu’ils priaient, dira l’Onu), après un soulèvement, armé de bâtons, lorsque Ne Mwanda Nsemi avait été apparemment victime d’une « magouille » électorale qui l’avait privé du poste de vice-gouverneur de la province du Kongo-Central (ex-Bas-Congo).

En 2009, Bundu dia Kongo, interdit, change de nom et devient Bundu dia Mayala. Il sera lui aussi interdit, en 2011, année électorale, mais Ne Mwanda Nsemi est élu député national sur la liste du parti Congo Pax.

Arrêté, malgré la résistance de ses partisans

Après s’être brièvement rapproché de Joseph Kabila, Ne Mwanda Nsemi avait retouné sa veste et, début 2017, avait appelé sur internet à « sortir de ce pays » le Président qui s’incrustait après la fin de son second et dernier mandat légal, en décembre 2016. Ne Mwanda Nsemi sera alors arrêté (après plusieurs journées de résistance de ses partisans) sur base d’un mandat d’arrêt lancé contre lui pour des affrontements internes à Bundu dia Mayala, qui avaient fait 8 morts, début 2017, au Kongo-Central.

Depuis la prison, il délivre un mandat au secrétaire général de Bundu dia Mayala (la formation a été réhabilitée en 2015) afin de nommer président du parti-secte Ernest Wamba dia Wamba, vieux cheval de retour de la politique-arnaque congolaise (voir article ci-joint).

 https://afrique.lalibre.be/4721/rdc-le-retour-de-wamba-dia-wamba-a-la-tete-de-bundu-dia-mayala/

Quelques jours plus tard, il s’évade de la prison de Makala, à Kinshasa – avec 4200 co-détenus!

https://afrique.lalibre.be/3292/ne-mwanda-nsemi-marionnette-du-pouvoir/

Un attelage qui crée la suspicion

On en avait perdu la trace jusqu’ici, jusqu’à sa réapparition, lundi, au côté de Joseph Olengankoy. Ce dernier est un transfuge de l’opposition, qu’il avait quittée en 2017, alléché par la place réservée à feu Etienne Tshisekedi par l’Accord de la St-Sylvestre (qui balisait le chemin vers des élections organisées conjointement par le pouvoir et l’opposition, une fois que Joseph Kabila avait failli à son obligation de les organiser avant la fin de son dernier mandat, en décembre 2016): président du CNSA (Conseil national de suivi de l’accord). En l’absence du « lider maximo », décédé le 1er février 2017, Joseph Kabila avait vidé ce poste de sa substance: Olengankoy n’y fit rien, pour le plus grand confort du Président incrusté, qui avait gardé le fauteuil présidentiel deux ans de plus.

Ce curieux attelage ne peut, évidemment, manquer de jeter la suspicion sur le retour de Ne Mwanda Nsemi. D’aucuns se demandent déjà si, à l’instar du criminel Gédéon, au Katanga, il est prévu qu’il suive le char triomphal du « Président honoraire », Joseph Kabila.

Que pensez-vous de cet article?