RDC : La traque des évadés de Makala tourne vinaigre

RDC : La traque des évadés de Makala tourne vinaigre

Deux ONG congolaises de défense des droits de l’homme, l’Asadho (Association africaine de défense des droits de l’homme) et la FBCP (Fondation Bill Clinton pour la Paix), ont lancé ce week-end  un cri d’alarme après l’évasion de 4191 des 8074 détenus de la prison de Makala, le 17 mai, et appelé les autorités à réformer le système carcéral congolais.

Faux évadés arrêtés

L’évasion, permise par l’attaque de la prison « par des individus non encore identifiés à ce jour », a entraîné la traque des évadés par l’armée et la police. Le week-end dernier, elles ont arrêté 200 personnes. Or, affirment les deux ONG dans un communiqué conjoint, « cette traque donne déjà lieu à des abus, en ce sens que certaines personnes innocentes qui ne sont pas en possession de leurs pièces d’identité, surtout les conducteurs de taxi-moto, sont arrêtés par les agents de l’ordre et assimilés aux évadés ». Les ONG demandent au ministre de l’Intérieur, Emmanuel Ramazani Shadari, de mettre fin à cette pratique.

Les deux ONG invitent en outre le ministre de la Justice, Alexis Thambwe Mwamba, à convoquer des états généraux des prisons pour réfléchir à leur réforme et agir pour mettre fin « à la corruption et au trafic d’influence au sein des prisons », le système carcéral comportant « en lui-même des facteurs qui favorisent l’évasion ».

Droit de visite payant et gardiennage de véhicules

Les ONG citent ainsi le fait qu’une personne qui rend visite à un détenu à Makala doit « dépenser l’équivalent de 5 à 10 dollars, vu qu’à chaque poste de contrôle, elle est obligée de payer un peu d’argent. Cet argent n’entre jamais dans la caisse de l’Etat ». En outre, les gardes de prison se livrent dans l’enceinte de celle-ci à des activités de gardiennage de voitures appartenant à des particuliers, contre paiement qui « n’entre pas dans la caisse de l’Etat. Cet accès des particuliers à la prison à des heures tardives peut favoriser l’attaque de la prison ».

Les ONG dénoncent aussi « la détention de plusieurs personnes sans dossier judiciaire », des délais de présentation du détenu devant le juge « de plus en plus longs »; la détention de « personnes bénéficiaires des lois d’aministie (…) alors qu’elles devraient être déjà libérées » et le non respect des droits fondamentaux des détenus – notamment « alimentation médiocre, absence de soins de santé, promiscuité, installations sanitaires inexistantes ou défectueuses, cellules insalubres… »

Les deux ONG demandent donc au ministre de la Justice de « faire libérer tous les prisonniers en détention pour des faits bénins ou qui n’ont pas de dossier judiciaire » et d’enquêter sur l’évasion du 17 mai.

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