« Eden » filme les itinéraires chahutés des réfugiés

« Eden » filme les itinéraires chahutés des réfugiés

Présentée en compétition au festival Séries Mania, cette mini-série de Dominik Moll, en six épisodes, retrace douze destins ballottés par les spasmes de l’Histoire entre Afrique, Moyen-Orient et Europe. Une histoire fondamentalement humaine, au-delà des statistiques et des clichés. A voir ce jeudi et le 9 mai, sur Arte, à 20h55

Qu’ont en commun un vigile grec, un prof de sport allemand, une femme d’affaires française, un médecin syrien et un adolescent nigérian ? A priori, rien. Pourtant, par le hasard d’itinéraires contrariés, plusieurs d’entre eux vont se croiser et se confronter à une réalité de plus en plus désincarnée au fil des reportages dans les JT : celle des réfugiés.

Eden***, nouvelle production d’Arte et de la chaîne ARD, n’est pas une série spectaculaire, elle s’attache au contraire à dépeindre une réalité complexe, avec pudeur et retenue, sous un angle quasiment documentaire à travers cinq parcours différents.

Sylvie Testud campe Hélène Durand, la gestionnaire française du camp installé en Grèce

Tout commence par cette confrontation hallucinée entre deux réalités à l’opposé : un petit groupe grelottant et épuisé accostant sur une plage grecque au milieu de vacanciers ébahis et alanguis ; les premiers s’extirpant au plus vite de leur canot de fortune pour disparaître dans la nature. Devenues points d’accostage réguliers d’humains en fuite, les îles grecques ont vu fleurir les installations pour réfugiés, gérées avec plus ou moins d’humanité.

Six épisodes, six itinéraires de vie

Ce défi humanitaire, Hélène Durand (Sylvie Testud) a décidé de l’affronter et de tenter de le relever : elle dirige la première société privée qui tente de concilier accueil des migrants et rentabilité économique*. Ambitieuse, l’entrepreneure française e se bat pour que son expertise soit reconnue au niveau européen. Une tâche plus ardue qu’elle ne veut se l’avouer puisqu’il s’agit de tenir compte des différentes normes européennes en la matière ainsi que des arguments parfois très terre à terre de ses concurrents. Autant d’élements strictement inspirés de la réalité.

Sur le terrain, on découvre le quotidien peu enchanteur de deux des vigiles de ce camp grec, Yiannis et Alexandros. Bas salaires et précarité sont leur lot en raison de la crise qui secoue le pays. Un autre visage de la réalité européenne qu’on a parfois tendance à oublier.

La dangerosité et le lourd tribut payé par les migrants au cours de leurs voyages clandestins, s’illustrent à travers le parcours du jeune réfugié Amare Enebuse, 16 ans, originaire du Nigeria (photo). Il est le fil rouge de ce récit en six épisodes. Avec son frère Daniel, il rêve de rejoindre l’Angleterre et de connaître le même destin que Yaya Touré, le grand footballeur ivoirien qui a longtemps évolué à Manchester City. En cela, Amare est le visage de toute une génération tentée par l’exil hors d’Afrique.

Mais ce rêve d’Europe reste jalonné d’épreuves et de désillusions même lorsqu’on croit être enfin arrivé à bon port. C’est ce que réalisent Hamid et Maryam, arrivés en France, accompagnés de leur fille Jinan. Une fois à Paris, cette famille syrienne doit repartir de zéro malgré ses acquis, ses diplômes et son éducation.

Symbole de la politique d’ouverture encouragée par Angela Merkel, la famille allemande qui a choisi d’accueillir Bassam, étudiant brillant et réfugié syrien, va découvrir que le jeune homme, par ailleurs si posé, est aussi un être fragilisé, perturbé. Comme tous ceux qui ont dû se jeter un jour à la mer pour pouvoir s’imaginer un autre avenir.

Pour mieux rendre compte de ces 12 destins chahutés au-delà des statistiques trop souvent citées, le réalisateur Dominik Moll (Harry, un ami qui vous veut du bien) a opté pour une approche naturaliste et quasi documentaire. Enrichissant, au passage, son casting grâce à l’apport de vrais réfugiés jouant leurs propres rôles.

En suivant le quotidien de ces hommes et ces femmes ordinaires et en pointant sa caméra sur leurs combats et leurs espoirs parfois dérisoires, le réalisateur leur rend la parole et propose un récit à hauteur d’hommes embrassant la vaste crise migratoire que vit l’Europe en ce moment.
Une découverte qui se fait à pas lents, en prenant le pouls de situations complexes et de vies ballottées par les dérapages et les sorties de route de l’Histoire. La force de cette mini-série européenne est de proposer une vision très réaliste, presque pragmatique, sans pathos ni idéalisme forcené de la situation des réfugiés.

Karin Tshidimba

* Un modèle de gestion qui n’existe pas encore en Europe mais est déjà testé en Turquie.

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