Soudan: une foule immense déferle à Khartoum pour réclamer un pouvoir civil

Soudan: une foule immense déferle à Khartoum pour réclamer un pouvoir civil

Au son de chants révolutionnaires, une foule immense déferle jeudi à Khartoum à l’appel des leaders de la contestation à une « marche du million » pour que l’armée cède le pouvoir à une autorité civile. Un Conseil militaire de transition dirige le Soudan depuis le renversement par l’armée du président Omar el-Béchir le 11 avril après des mois de manifestations populaires.

« Oeil pour oeil, dent pour dent, nous n’accepterons pas les compensations » proposées par les militaires jusqu’à présent, chantent les manifestants, qui réclament la condamnation des responsables du régime d’Omar el-Béchir durant ses quelque 30 ans au pouvoir.

La veille, trois généraux contestés sur les 10 membres du Conseil militaire avaient démissionné.

Pour la première fois des juges, drapés dans leur robe, ont défilé jeudi depuis la Cour constitutionnelle pour réclamer « l’indépendance » du système judiciaire et rejeter toute « intervention politique », a affirmé l’un d’entre eux à des journalistes.

Mais à leur arrivée devant le QG de l’armée, certains manifestants les ont accueillis avec colère en leur reprochant d’avoir rendu des verdicts favorables au régime du président Béchir dans le passé.

Des manifestants venus des Etats de Jazira (centre) et du Nil Bleu (sud-est), ainsi que du village natal du président déchu, étaient également présents à Khartoum.

Des groupes de femmes, particulièrement actives depuis le début de la contestation le 19 décembre, ont brandi des drapeaux soudanais en chantant.

Des rassemblements ont été signalés dans cinq autres Etats du pays, dont un dans la région en conflit du Darfour (ouest), chacun répondant à sa façon à l’appel à participer à la « marche du million » lancé par l’Alliance pour la liberté et le changement (ALC), qui regroupe les principales formations du mouvement de protestation.

Face à une contestation qui va crescendo, le Conseil militaire a annoncé mercredi avoir conclu un « accord » avec l’ALC « sur la plupart des exigences présentées » par cette coalition, sans donner plus de détails ni de calendrier pour le transfert du pouvoir à une autorité civile.

Dans un communiqué sur Twitter, l’Association des professionnels soudanais (SPA), fer de lance de la contestation qui fait partie de l’ALC, a vu dans la réunion de mercredi une étape vers un « renforcement de la confiance » entre les deux parties et annoncé la mise en place d’un « comité conjoint » pour « discuter des problèmes en suspens ».

La contestation, déclenchée le 19 décembre par la décision du gouvernement Béchir de tripler le prix du pain, avait rapidement mué en dénonciation du président Béchir et du système en place.

Le mouvement a reçu cette semaine le soutien de Washington qui a dit appuyer « la demande légitime » des Soudanais d’un gouvernement dirigé par des civils.

Un responsable américain avait indiqué plus tôt en avril que les Etats-Unis étaient prêts à retirer le Soudan de leur liste des pays accusés de soutenir le terrorisme si le Conseil militaire engageait un « changement fondamental » de gouvernance.

Plusieurs pays africains réunis mardi chez le voisin égyptien sous la houlette de son président Abdel Fattah al-Sissi ont décidé mardi d’accorder trois mois au Conseil militaire pour assurer une « transition pacifique et démocratique ».

L’Union africaine avait menacé le 15 avril de suspendre Khartoum si l’armée ne quittait pas le pouvoir d’ici 15 jours au profit d’une « autorité politique civile ».

Réagissant à la déclaration du Caire, des Soudanais ont protesté jeudi devant le consulat et l’ambassade d’Egypte à Khartoum, arborant des banderoles sur lesquelles était écrit: « Sissi (…) pas d’ingérence dans nos affaires ».

Arrivé au pouvoir par un coup d’Etat en 1989, M. Béchir a dirigé d’une main de fer un pays miné par une situation économique désastreuse et par des rébellions dans plusieurs régions. La Cour pénale internationale (CPI) a lancé des mandats d’arrêt contre lui pour « crimes de guerre » et « génocide » dans la région du Darfour.​

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