Afrique: l’espace politique diminue, les citoyens l’admettent souvent, en échange de sécurité

Afrique: l’espace politique diminue, les citoyens l’admettent souvent, en échange de sécurité

L’Afrobaromètre annuel vient de paraître. Basé sur des sondages d’opinion dans 34 pays du continent, menés entre fin 2016 et fin 2018 et ayant touché près de 46.000 personnes, il s’intéresse à la fermeture progressive de l’espace de liberté en Afrique et constate qu’une bonne partie des citoyens concernés s’en accomodent parce qu’ils en espèrent plus de sécurité.

Précisons dès l’abord qu’aucune enquête n’a été menée en République démocratique du Congo, malgré sa taille. Interrogé par La Libre Afrique.be sur ce point, le directeur de publication de l’Afrobaromètre, Brian Howards, a indiqué: « Nous aimerions pouvoir le faire dans ce pays. Jusqu’ici, nous n’avons pu assurer la combinaison nécessaire de sécurité et de liberté pour réaliser un sondage valable et nationalement représentatif en RDC ».

« Considérablement empiré »

S’agissant des 34 pays sondés, l’enquête montre que « dans la plupart d’entre eux », les déclarations des citoyens sur leur degré de liberté et la prudence qu’ils doivent montrer pour exercer leurs droits indiquent que la situation « a considérablement empiré au cours de la dernière décennie ».

En outre, « la demande populaire pour la liberté d’association a faibli et les Africains expriment largement leur accord pour échanger certaines libertés contre plus de sécurité ». Ainsi, si la moyenne de la demande de liberté d’association est de 62%, dans 20 pays elle a baissé de 66 à 61%, contre 6 pays où cette demande s’est accrue, dont Sao Tome e Principe (+ 12%) et le Cap Vert (+ 6%). Les baisses les plus fortes de la demande de liberté d’association ont été enregistrées au Zimbabwe (-23%), en Tunisie (- 20%) et en Namibie (-18%).

Communications privées ou surveillées?

Quelque 53% des sondés défendent le droit d’avoir des communications privées, contre 43% qui acceptent d’être surveillés par le gouvernement si cela amène plus de sécurité. Seuls 35% veulent la liberté de circuler, contre 62% qui sont prêts à accepter des restrictions (couvre-feu, barrages routiers) en échange de plus de sécurité.

Les deux tiers (67%) des Africains interrogés se disent « libres » ou « assez libres » de dire ce qu’ils pensent – soit 7% de moins dans 31 des pays suivis depuis 2011/2013. Mais s’agissant spécifiquement du discours politique, 68% (soit 9% d’augmentation dans 20 des pays sondés) disent qu’ils doivent « toujours » ou « souvent » faire attention à ce qu’ils disent.

Le rapport note les tentatives d’étouffer les protestations populaires en Algérie et au Soudan; la fermeture des services internet pendant de longues périodes au Zimbabwe et dans les régions anglophones du Cameroun; la répression des manifestations au Burundi, au Sénégal, au Togo et en Zambie; la taxation de l’utilisation des médias sociaux en Ouganda et l’imposition de licences coûteuses aux blogueurs de Tanzanie.

Enfin, des proportions presqu’égales de sondés pensent que la liberté d’expression religieuse doit être assurée (49%) ou qu’elle doit être limitée (47%).

http://afrobarometer.org/sites/default/files/publications/Documents%20de%20politiques/ab_r7_policypaperno55_les_libertes_en_afrique_1.pdf

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