Katumbi : Trois ans jour pour jour après le début de « l’affaire » des mercenaires

Katumbi : Trois ans jour pour jour après le début de « l’affaire » des mercenaires

C’était le 24 avril 2016. Ce jour-là, à un peu moins de huit mois des élections présidentielles et législatives qui auraient dû se tenir en novembre/décembre 2016 en RDC, la manifestation qui voulait célébrer l’instauration du multipartisme au Zaïre de Mobutu était interdite à Lubumbashi.

Dans la capitale de l’ancienne province du Katanga, le pouvoir de Joseph Kabila ne voulait pas laisser une once de liberté d’action à Moïse Katumbi, ancien gouverneur qui avait démissionné de son poste le 29 septembre 2015 et dont il se murmurait qu’il était sur le point d’annoncer sa candidature à la présidence de la République. Si les manifestations étaient autorisées partout dans le pays, elle allait être interdite et réprimée sans ménagement à Lubumbashi.

Moïse Katumbi refusait de céder face au déploiement des forces de l’ordre et décidait de se rendre dans le quartier populaire de la Kenya (à Lubumbashi) pour manifester notamment contre la volonté du pouvoir de Joseph Kabila de ne pas respecter la Constitution. Celui-ci sembalit en effet déterminé à tout faire pour ne pas organiser les élections qui devaient se tenir au plus tard le 19 décembre 2016… sans lui. En effet, Joseph Kabila ne pouvait déposer sa candidature car atteint par la limite constitutionnelle de deux mandats.

Ce 24 avril 2016. La police congolaise ne se faisait pas prier pour réprimer la manifestaion lushoise et arrêtait les personnes chargées d’assurer la sécurité de l’ancien gouverneur.

Cinq gardes du corps congolais furent arrêtés et transféres le lendemain à Kinshasa avec un sixième homme, un Américain, Darryl Lewis. L’homme, ne parlant pas un mot de swahili ou de lingala, avait été arrêté presque par hasard parmi les autres gardes de Katumbi. Le pouvoir comprend vite qu’il a peut-être mis la main sur une « pépite ». Dans son téléphone portable, les images le montrent en train de manipuler toutes sortes d’armes. L’homme est un ancien militaire américain. Il est donc immédiatement transféré dans les locaux de l’ANR de Kinshasa et soumis aux interrogatoires de Kalev, le patron des renseignements.

Affaire « des mercenaires de Katumbi »… Darryl Lewis interdit de visa

Des fuites médiatiques sont organisées. Le ministre de la justice, Alexis Thambwe Mwamba accuse Katumbi d’avoir recruté « 658 mercenaires ».

Le mercredi 4 mai 2016, dix jours après cette manifestation réprimée, Moïse Katumbi annonce qu’il est candidat à la présidentielle.

Il ne faudra pas attendre longtemps pour qu’il soit convoqué devant la justice congolaise pour s’expliquer sur la « présence de mercenaires sud-africains et américains » autour de lui.

Katumbi nie en bloc. Darryl Lewis est un expert en sécurité engagé pour ses conseils, explique l’ex-gouverneur, qui insiste sur le fait que Lewis est le seul étranger à son service et qu’il était désarmé quand il a été arrêté, ce qui ne colle pas vraiment avec l’image de « Rambo » que certains tentent de lui coller. L’ambassade des Etats-Unis intervient et abonde dans le sens de Katumbi. Elle qualifie de « fausses allégations » les déclarations d’Alexis Thambwe sur le rôle de Darryl Lewis et sur les dizaines de mercenaires américains présents sur le sol congolais. Le ministère de la justice prétend détenir les preuves de ce qu’il avance mais n’en montrera jamais aucune.

Katumbi et Bemba défient Kabila !

Le vendredi 13 mai, Katumbi est convoqué pour la troisième fois devant le tribunal de première instance de Lubumbashi. La tension est à son comble. Le bus, utilisé par Moïse Katumbi pour se rentre au tribunal, est caillassé… par les forces de l’odre. Entouré de ses supporters, le président du Tout-Puissant Mazembe tente de se frayer un chemin vers le tribunal.

Le 19 mai 2016 Katumbi est inculpé  pour « atteinte à la sûreté intérieure et extérieure de l’Etat ». Deux jours plus tard, après avoir été blessé lors d’une énième comparution devant la justice, il est autorisé à quitter le pays pour se faire soigner, le début d’un long exil.

Un dossier vide

Trois ans plus tard, et quelques jours après l’annonce de l’annulation de la condamnation à trois ans de prison du même Moïse Katumbi dans une affaire de spoliation immobilière qualifiée de « mascarade » par les évêques congolais, que reste-t-il de ce dossier des mercenaires qui est toujours pendant devant les tribunaux ? Les avocats de Katumbi plaident l’inconstitutionnalité du renvoi du prévenu directement devant la Cour suprême de justice.

Au moment des faits qui lui sont reprochés, le 24 avril  2016, Moïse Katumbi n’était plus gouverneur depuis plus de sept mois. En tant que « simple » citoyen, il aurait donc dû etre renvoyé devant le tribunal de grande instance de Lubumbashi. Une lecture des faits que refuse jusqu’ici le parquet général de la République qui fait remonter la présence des prétendus merenaires en 2014 quand le prévenu était encore gouverneur.

Une date qui ne correspond pas à celle donnée par l’ANR. Pour les renseignements congolais, dans le rapport adressé au PGR le 16 décembre 2016, les mercenaires seraient apparus en novembre 2015, soit deux mois après la démission du « gouv ».

Simple cafouillage dans les dates ? Pas vraiment. En faisant remonter la présence de mercenaires à l’époque où Katumbi était encore gouverneur, le parquet général envoit directement le prévenu devant la Cour suprême de justice qui rend sa décision en premier et dernier recours. Katumbi et ses avocats sont donc irrémédiablement privés d’une possibilité d’appel.

Les avocats de Katumbi entendent donc toujours faire entendre leurs arguments… à moins bien sûr que, comme dans le dossier de spoliation immobilière, alias dossier Stoupis, la justice congolaise débarrassé des pressions du pouvoir se décide à classer définitivement l’affaire.

Darryl Lewis, de retour aux Etats-Unis, a été blanchi. Aujourd’hui, c’est lui qui entend poursuivre Kalev et Thambwe pour son arrestation du 24 avrul 2016 et les tortures subies lors de son passage par les geôles de l’ANR. Quant aux cinq gardes du corps congolais, détenus pendant près de trois ans sans jugement et donc sans condamnation, ils viennent d’être remis en liberté.

Trois ans jour pour jour après le début de « l’affaire des mercenaires » les protagonistes sont tous libres, aucune preuve – malgré les déclarations de certains ministres – na jamais été apportée à leur chrge ni à celle du prétendu commanditaire.

Un dossier qui n’a donc pas de quoi empêcher Moïse Katumbi de rentrer au pays, lui qui a fait annoncer, ce mardi 23 avril par ses avocats, qu’il serait bientôt au pays.

Que pensez-vous de cet article?

Derniers Articles

Journalistes

Dernières Vidéos