RDC: election du gouverneur du Sankuru: quatre attaques contre l’Eglise

RDC: election du gouverneur du Sankuru: quatre attaques contre l’Eglise

Par Marie-France Cros.

Les élections des gouverneurs de province ont suscité beaucoup de remous politiques au Congo. Il en est une, cependant, qui déraille plus que toute autre: celle du Sankuru. Le scrutin a été suspendu dans cette province où un seul candidata été autorisé à se présenter, Lambert Mende, ancien porte-parole des gouvernements de Joseph Kabila. A plusieurs reprises, la population a protesté contre cette situation, tout comme l’évêque de Tshumbe. Lundi dernier, quatre incendies volontaires ont été perpétrés contre des personnes et des biens de l’Eglise de son diocèse.

La Ceni (Commission électorale nationale indépendante, réputée acquise à Joseph Kabila) a en effet refusé la candidature de Stéphane Mukumadi qui se présentait pour ce poste, face à Lambert Mende; la cour d’appel locale a confirmé cette position. M. Mukumadi a déposé un recours et le Conseil d’Etat, à Kinshasa, lui a donné raison le 27 mars, indiquant à la Ceni qu’elle devait accepter sa candidature. En dépit de son obligation de se soumettre à la justice, la Ceni a refusé d’obtempérer – contrairement à ce qu’elle avait dans pareille situation au Kasaï-central et au Sud-Ubangi – assurant que l’exclu n’était pas congolais mais français.

Peu avant, la Ceni avait envoyé promener le Procureur général de la Cour de Cassation qui lui demandait de surseoir à l’installation des sénateurs nationaux le temps de permettre à la justice de boucler ses enquêtes sur la forte corruption dénoncée pour l’élection (par les députés provinciaux) des sénateurs nationaux. le Procureur général s’était soumis.

Rébellion contre l’ordre constitutionnel

Bien qu’il n’ait pas à se prononcer en la matière, le bureau du Conseil supérieur de la magistrature a, le 11 avril, déclaré … »inexistants » les arrêts du Conseil d’Etat sur ce sujet. Le Conseil d’Etat l’a rappelé à l’ordre, tandis que le grand constitutionnaliste congolais, le professeur André Mbata, disait la Ceni « en rébellion contre l’ordre constitutionnel », précisant qu' »aucune disposition constitutionnelle ne permet à la Ceni, ni à n’importe quelle autre institution, de refuser de sesoumettre ou de mettre en cause ces arrêts ».

Alors que la Ceni avait prévu de tenir l’élection de Lambert Mende le lundi 15 avril, le président Felix Tshisekedi, par ordonnance présidentielle, a suspendu ce scrutin le 14. Des manifestations de joie ont accyueilli cette nouvelle au Sankuru.

Quatre incendies volontaires

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Selon le site officiel de la Conférence des évêques catholiques du Congo (Cenco), le 15 avril, quatre sites du diocèse de Tshumbe, au Sankuru, ont été attaqués « de façon quasi simultanée »: la procurede Lodja, un couvent des Sœurs de St-François d’Assise à Tshumbe, le lycée Dikongelo et l’école primaire Sœur Afumba.

A la procure de Lodja, selon un témoin, deux jeunes gens du quartier Essence – NDLR: connu comme un quartier acquis à Lambert Mende – sont arrivés à moto munis d’un bidon de carburant et deux bouteilles. Ils en ont lancé une, pleine d’essence, contre la porte d’un curé, mais l’engin n’a fait aucun dégât. Ils ont alors versé de l’essence sur la porte et sur la fenêtre de la chambre de l’abbé André Osomba, avant d’y mettre le feu. Ce dernier, prévenu par des témoins, a réussi à éteindre l’incendie avec quelques ouvriers. C’est alors qu’un des bâtiments du couvent de la communauté de l’Economat a pris feu. Celui-là aussi a pu être éteint.

Un autre incendie a été constaté à l’école primaire Sœur Afumba, dans le bureau de la directrice; abbés et fidèles ont réussi à l’éteindre. Enfin, au lycée Dikingolo, la directrice de l’internat de l’établissement, Sœur Célestine Futshu, a été alertée par des cris d’élèves: deux jeunes gens armés d’une machette et d’un couteau étaient entrés dans l’enceinte. La religieuse a fui; les deux jeunes gens sont entrés dans son bureau et ont emporté de l’argent, un chéquier, deux téléphones – et la carte d’électrice de Sœur Célestine.

Ces attaques viseraient à intimider l’évêque de Tshumbe, Mgr Nicolas Djomo, qui – comme des milliers d’habitants du Sankuru – s’est opposé à une élection à candidat unique, « conformément à la doctrine sociale de l’Eglise catholique, en faveur du respect du jeu démocratique, qui prône la prééminence des intérêts communs sur des intérêts individuels ».

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