RDC : les victimes d’expropriations à Mbobero réclament une indemnisation

RDC : les victimes d’expropriations à Mbobero réclament une indemnisation

Par Esther N’sapu, correspondante à l’Est de la RDC

Une année après les faits, les victimes d’expropriations de Mbobero revendiquent toujours leurs terres estimées à 240 hectares auprès de l’ancien président Joseph Kabila. Mbobero est un village situé à une dizaine de kilomètres au nord de la ville de Bukavu, dans le territoire de Kabare dans la province du Sud-Kivu.

Les populations du village de Mbobero ont été expulsés de leurs maisons et de leurs champs le 30 janvier 2016. Ce jour-là, les habitants de Mbobero ont vu leurs maisons et leurs villages détruits par les éléments de la garde républicaine.

« Des réunions ont été tenues sans nous consulter, des décisions pour nous faire déguerpir ont été prises sans nous y associer », se plaignent les victimes.

Selon Jean Chrysostome Kijana, président de la Nouvelle Dynamique de la Société civile du Sud-Kivu, au moins 317 maisons ont été détruites mais aussi un hôpital – le seul à faire de la chirurgie cérébrale – ainsi que des écoles et des églises. Pourtant, la plupart de ces familles vivaient dans ce village depuis plus de 50 ans.

2.345.000 km2 est une allusion à la superficie du Congo

A ce jour, environ 227 familles, soit environ 3.000 personnes dont 500 enfants, sont présentement sans abris, sans assistance et abandonnées à leur triste sort.

Ce mercredi dans la matinée, ces familles victimes se sont mobilisées pour une marche pacifique et ont fait un sit-in à Kazingo à l’entrée de la ville de Bukavu pour réclamer la restitution de leurs champs, leurs maisons ou tout simplement l’indemnisation de toutes les familles victimes d’expropriation. Ces familles scandaient des messages tels que « La population de Mbobero dit non à l’expropriation et à la démolition des maisons érigées sur le sol de ses ancêtres ; non à la destruction méchante à Mbobero« .

Après leurs sit-in, les habitants de Mbobero se sont dirigés au bureau de l’Assemblée provinciale du Sud-Kivu pour y déposer un mémorandum qu’ils ont adressé au nouveau président de la République, dans lequel ils exigent l’indemnisation de leurs maisons détruites, le paiement de tous les biens perdus, volés et détruits. Ils exigent également que certains éléments de la garde républicaine impliqués dans les crimes enregistrés à Mbobero soient traduits en justice.

Pour Jean Chrysostome Kijana, il était temps pour les victimes d’exprimer leurs ras-le-bol. « Nous avons profité de ce nouveau vent de changement pour manifester, car sous l’ancien régime, nous ne pouvions pas le faire. Certains d’entre nous vivaient en clandestinité et d’autres étaient interpelés et traqués.  Aujourd’hui, c’était une occasion d’interpeler le nouveau président et de solliciter son implication afin de trouver une solution à nos préoccupations ».

D’après Baguma Kameme, porte-parole des victimes, « Nous vivons dans des conditions difficiles depuis que nous avons été expulsés de nos champs et de nos maisons. Nos familles sont éparpillées entre Bukavu, Kabare ou Cirunga. Je suis père de six enfants mais mes deux enfants vivent chez des amis et étudient difficilement. Voilà ce qui arrive lorsqu’on passe toute une année sans abris. Les femmes et les hommes qui cultivaient dans leurs champs pour nourrir leurs familles regardent de loin leurs champs abandonnés et envahis par des herbes sauvages, devenus pâturage de vaches. Nous avons donné 48 heures aux autorités de la province afin de répondre à nos préoccupations. Dépasser ce délai, les habitants de Mbobero seront obligés de retourner dans leurs parcelles et d’ériger des bâches pour y rester ».

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