RDC : A Lubumbashi, Tshisekedi contraint de déloger

RDC : A Lubumbashi, Tshisekedi contraint de déloger

Lors de son premier voyage à l’intérieur du pays, après avoir sillonné une bonne partie du continent africain et s’être rendu aux Etats-Unis, Félix Tshisekedi a mis le cap sur Lubumbashi où il  a été contraint de déposer ses bagages dans la demeure de l’ADG de la Gécamines, le « domaine présidentiel » ayant été désaffecté et vendu au rabais à la famille K…

La capitale du grand Katanga, devenue capitale du Haut-Katanga, a réservé un accueil chaleureux à Félix Tshisekedi. Les rencontres avec les opposants Muyambo et Kuyungu ont été largement répandues et commentées. Par contre, dans la capitale mondiale du cuivre, pas de rencontre avec le patron de la Gécamines, le très kabiliste Albert Yuma. Il faut dire qu’entre Tshisekedi et Yuma, le temps est à l’orage. Joseph Kabila n’a toujours pas renoncé à imposer Albert Yuma comme futur Premier ministre. Félix Tshisekedi, lui, n’en veut pas. Et pour cause, ses amis américains ont clairement fait savoir qu’ils ne voulaient pas de Yuma, accusé par de nombreuses ONG d’être à la base de multiples détournements de fonds, ce qu’il réfute, à la tête de l’exécutif. Si Washington ne veut pas, Tshisekedi ne peut pas.

Tout au long de son voyage américain, Tshisekedi n’a eu de cesse de répéter qu’il voulait « déboulonner le système dictatorial » de l’ancien régime, tandis que son hôte américain renchérissait en poussant le patron de l’UDPS à s’émanciper de la Kabilie. Si Tshisekedi devait céder sur la candidature de Yuma, il démontrerait son manque de pouvoir affichant clairement que le patron du pays demeure Joseph Kabila. Joseph Kabila, lui, pourrait céder pour conserver un semblant d’équilibre entre les plateformes politiques (FCC – Cach) appelées à se partager le pouvoir en RDC . Mais « les dernières déclarations de Tshisekedi ont renforcé la détermination de Kabila. Sans perdre de vue que certains de ses lieutenants ne veulent plus laisser la moindre marge de manoeuvre à Tshisekedi », explique un habitué des coulisses du pouvoir congolais.

« Si Kabila devait céder, pour éviter de se mettre trop à dos Washington, il ferait payer chèrement le prix à son successeur. C’est un rancunier. Il cherchera à l’humilier, ça ne fait pas l’ombre d’un doute », explique un autre acteur politique.

Plus de domaine présidentiel à Lubumbashi

A Lubumbashi, la Kabilie a envoyé un message à Tshisekedi pour rappeler qui est réellement aux commandes de l’Etat. Après sa journée lushoise, Félix Tshisekedi a été conduit dans la demeure de l’ADG de la Gécamines pour passer la nuit. « La maison se trouve sur l’avenue Kamanyola, un peu en diagonal de la demeure du président du conseil d’administration de la société, Albert Yuma. Mais celle de Yuma est bien plus belle et plus grande que celle dans laquelle Tshisekedi a passé la nuit », explique un Lushois. C’est sur cette belle avenue qu’était situé jusqu’il y a peu ce que tout le monde avait baptisé là-bas le « domaine présidentiel ». Un ensemble de demeures cossues appartenant à l’Etat que se partageaient les membres  de la famille Kabila. Mais l’ensemble a été désaffecté récemment et vendu de gré à gré. Les acheteurs s’appellent Joseph K., Jaynet K., Zoe K., Sisi K et leur maman. Bref, les anciens locataires sont devenus les nouveaux propriétaires et tant pis pour le successeur obligé d’aller loger chez le bras droit du candidat dont il ne veut pas entendre parler pour le poste de Premier ministre.

« A Lubumbashi, tout le monde connaît l’avenue Kamanyola et ses tracasseries quand il s’agit de passer devant le domaine présidentiel quand la famille Kabila est en ville. Par contre, ce contrôle militaire n’existait pas aux abords de la maison de  l’administrateur-directeur général de la Gécamines. Il a donc fallu en créer un en quatrième vitesse le jour même de la venue de Tshisekedi pour donner le change », explique notre Lushois qui insiste, « Le message envoyé par Joseph Kabila est très clair. Le patron c’est moi. Les Lushois sont restés sur leur fin avec cette visite. Il y a eu des paroles mais les gens attendaient des actes. A Lubumbashi, on vit dans la terreur. Les attaques de maisons sont quotidiennes avec leur lot de morts, de viols et rapts. C’est très difficile de vivre cela au quotidien. Tout le monde espérait que Félix Tshisekedi fasse arrêter Gédéon, qu’il prononce son nom. Mais il n’a rien fait de cela. Les paroles ne suffisent pas », conclut un autre Lushois d’adoption qui s’est décidé à quitter la ville face à l’insécurité croissante. « A Lubumbashi, Tshisekedi n’a rien déboulonné, il a délogé »

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