RDC: une cohabitation de plus en plus difficile pour l’UDPS

RDC: une cohabitation de plus en plus difficile pour l’UDPS

 
Analyse par Marie-France Cros.

 
Les militants s’aperçoivent qu’ils n’ont pas « gagné » avec l’accession de Félix Tshisekedi à la Présidence. Ce dernier s’efforce de rendre plus difficile pour Joseph Kabila de le destituer.
 
Seule la base de l’UDPS est surprise par ce qui arrive: la main-mise des kabilistes sur tous les rouages du pouvoir à l’exception de la Présidence de la République. Les militants ont du mal à avaler l’amère potion.
 
On se rappelle que Félix Tshisekedi a été proclamé Président le 24 janvier dernier, en l’absence de preuves de sa victoire électorale; la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) n’a toujours pas publié les résultats électoraux bureau de vote par bureau de vote, comme l’y oblige la loi. En échange, selon les termes d’un accord non publié jusqu’ici entre Joseph Kabila et le tandem Tshisekedi/Kamerhe mais dont les grandes lignes ont “fuité”, les kabilistes se voyaient octroyer par la Ceni la majorité des députés nationaux et provinciaux; ces derniers élisant les sénateurs nationaux et les gouverneurs de province – donc, indirectement, les gouvernements provinciaux -, il en va de même pour ces institutions.
 
L’UDPS a lâché la proie pour l’ombre
 
Ayant été les seuls à célébrer la “victoire” de Félix Tshisekedi, les militants de son parti, l’UDPS, se trouvent aujourd’hui bien marris d’avoir lâché la proie pour l’ombre et de se retrouver avec moins de postes de pouvoir aujourd’hui que sous la présidence Kabila: un Président de la République, les membres de son cabinet, un sénateur national et un gouverneur de province. C’est tout.
 
Et le calice n’est pas vide. Le Premier ministre devant être nommé “au sein de la majorité parlementaire” (art. 78 de la Constitution) et la composition du gouvernement devant tenir “compte de la représentativité nationale” (art. 90), il en ira de même pour ces deux institutions.
 
80% pour les kabilistes?
 
Selon la presse congolaise, les discussions à ce sujet entre les coalitions FCC (Front commun pour le Congo, kabiliste) et Cach (Cap sur le changement, UDPS-UNC de Kamerhe) butent sur les exigences de la première et la réticence à admettre sa forfaiture pour la seconde.  En effet, comme Félix Tshisekedi n’accepte pas le candidat Premier ministre que veut lui imposer Joseph Kabila – Albert Yuma, patron des patrons et celui de la Gécamines, société minière nationale – le FCC exige 80% des postes ministériels.
 
Signe de tension: des députés nationaux ont failli en venir aux mains, lundi, à Kinshasa, quand deux députés FCC ont voulu que soit nommé le bureau définitif de l’Assemblée nationale sans tenir compte des 15 élus (de vrais élus, ceux-ci, après des scrutins partiels réguliers) désignés lors des élections retardées à Beni, Butembo et Yumbi, le 31 mars, parmi lesquels 10 appartiennent à l’opposition. Forces insultes ont été échangées tandis que les uns et les autres s’arrachaient le micro. La séance a dû être levée, rapporte la presse kinoise.
 
Des voix s’élèvent, au sein de l’UDPS pour critiquer la direction du parti – Jean-Marc Kabund a Kabund, désigné à ce poste par le seul Félix Tshisekedi, au mépris des statuts du parti – qui s’aperçoivent que la “coalition” kabilstes/UDPS permet surtout aux premiers d’”absorber” la seconde.
 
Se garantir contre la destitution
 
Pendant ce temps, Félix Tshisekedi semble s’efforcer d’accroître le coût, pour Kabila, d’une future destitution  du “Président nommé”  s’il en prenait la fantaisie au “Président honoraire”, qui garde presque toutes les rênes du pouvoir en main. 
 
Tshisekedi s’est d’abord assuré, lors de récentes tournées à l’étranger, du soutien des pays de la région contre un éventuel retour de Kabila à la Présidence. Cela lui serait acquis, aucun des voisins ne voulant de Kabila. Il a obtenu  aussi que Washington se lance dans un “super-cinéma” en sa faveur pour bien montrer à Kabila que son heure était passée.
 
Aujourd’hui, le “Président nommé” multiplie les gestes et déclarations destinées à lui valoir, auprès des Congolais, une image  de partisan de la liberté, qui accroisse sa popularité. Il autorise les manifestations, freine la répression, annonce une amélioration de la situation des militaires et policiers impayés qui sèment l’insécurité dans le pays.
 
Son espoir est que la région refuse et que la rue se lève pour lui si Kabila le destituait. Mais celui-ci le laissera-t-il constituer ce capital moral?

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