Museveni et Magufuli à la rescousse du président burundais

Museveni et Magufuli  à la rescousse du président burundais

Les présidents d’Ouganda et de Tanzanie, Yoweri Museveni et John Magufuli, ont lancé samedi 20 mai un appel à Dar es Salaam, devant l’East African Community (Burundi, Kenya, Ouganda, Sud-Soudan et Tanzanie), en faveur de la levée des sanctions de l’Union européenne contre Bujumbura.

Selon l’Ougandais – au pouvoir depuis 1986, au prix d’une répression croissante de ses adversaires politiques – « le Burundi est un de nos membres et aucune action ne devrait être prise contre lui sans notre participation ». Son homologue tanzanien a estimé que l’Europe devrait plutôt se concentrer sur ses propres problèmes « comme le Brexit ».

L’ambassadeur de l’Union européenne en Tanzanie et auprès de l’EAC, Roeland van de Geer, a répondu que « les sacntions resteront en place tant que la situation ne changera pas au Burundi ».

Seulement 10 à 20% de l’aide

L’insistance du président Pierre Nkurunziza à se présenter à un troisième mandat – spécifiquement interdit par l’Accord de paix d’Arusha, qui mit fin à la guerre civile au Burundi et sert de socle à la Constitution burundaise – a précipité le pays dans une grave crise politique et économique, qui a fait de 500 à 2000 morts, des milliers de prisonniers et 400 000 réfugiés (sur une population de 11 millions d’habitants) dans les pays voisins.

Les sanctions de l’Union européenne contre le Burundi avaient été imposées en mars 2016, un an après l’éclatement de la crise et de la répression des manifestations d’opposition au troisième mandat. Avec une aide de quelque 430 millions d’euros pour la période 2015-2020, l’Union européenne est le premier donateur du Burundi.

La suspension ne concernait cependant que l’aide directe à l’administration burundaise, y compris les appuis budgétaire, afin de pousser Pierre Nkurunziza à dialoguer avec son opposition. Le soutien financier à la population burundaise et l’aide humanitaire avaient été maintenu – soit environ 80 à 90% de l’aide européenne – ce qui avait d’ailleurs poussé le ministre burundais des Affaires étrangères Alain Nyyamwitwé, à l’époque, à déclarer que ce n’était donc « pas une si mauvaise nouvelle ».

« Sans conditions » avait exhorté l’Union africaine

Deux semaines avant que l’Union européenne n’annonce ses sanctions, une délégation de chefs d’Etat africains envoyée au Burundi par l’Union africaine pour œuvrer au dialogue entre parties burundaises, avait invité « toutes les parties prenantes à la crise burundaise à prendre part à ce dialogue, sans pré-conditions et dans le strict respect de l’Accord de paix d’Arusha ».

Le médiateur désigné, Yoweri Museveni, et le facilitateur qu’il a choisi, l’ex-président tanzanien Benjamin Mkapa, se sont cependant fait remarquer rapidement par leur soumission aux exigences du président Nkurunziza, qui n’accepte de dialoguer qu’avec l’opposition avec laquelle il s’entend, seule à être invitée aux sessions de « dialogue » organisées par le tandem Museveni/Mkapa.

En décembre dernier, le Tanzanien avait jugé « folie » de contester la légitimité du gouvernement de M. Nkurunziza, pourtant au coeur du conflit. Dernièrement, il a envoyé de nouvelles invitations pour une session de ‘ »dialogue » annoncée pour la fin de cette semaine mais n’y invite que des personnalités de l’opposition et de la société civle auxquelles le régime Nkurunziza ne s’oppose pas. Sans surprise, le « dialogue » du tandem Museveni/Mkapa n’a pas avancé d’un pas jusqu’ici, ce qui n’a cependant pas poussé les deux hommes à envisager une nouvelle stratégie.

Famine, corruption et « croisade »

Pendant ce temps, le Burundi s’enfonce dans la crise, tandis que le président Nkurunziza – persuadé d’avoir été choisi par Dieu pour diriger le Burundi – se consacre à des « croisades » religieuses, lors desquelles il prêche, comme ce fut le cas le 31 décembre dernier, que « le feu de Dieu va détruire, brûler tout ce qui est superflu (…) tous les inutiles » dans le pays.

Alors que la corruption des autorités atteint des niveaux jamais vus, la production nationale est en forte baisse, les investisseurs fuient le pays (sauf les Chinois), le chômage et l’inflation augmentent, tandis que le pouvoir accroît la pression fiscale; une famine causée par la mauvaise gouvernance et une sécheresse persistante a provoqué des décès par famine en janvier dernier.

L’essence payée par l’Union européenne

Faute de devises, le pays subit une pénurie d’essence. « Le gouvernement a acheté du carburant grâce au paiement, par l’Union européenne, des soldes des soldats de l’Amisom », la force burundaise en Somalie pour le compte de l’Union africaine, a indiqué une source de La Libre Afrique.be. Bujumbura avait fait pression sur l’UA en menaçant de retirer ses soldats de Somalie si les soldes étaient payées directement aux militaires, comme l’UE (qui finance cette force en Somalie) le voulait.

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