Pauvre Cour pénale internationale!

Pauvre Cour pénale internationale!

Commentaire par Marie-France Cros.

Les juges de la Cour pénale internationale (CPI), ont rejeté vendredi une demande du procureur de cette juridiction d’ouvrir une enquête pour de présumés crimes de guerre et contre l’humanité en Afghanistan depuis 2003. “Les juges ont décidé qu’une enquête sur la situation en Afghanistan à ce stade ne servirait pas les intérêts de la justice”.

Cette décision est tombée une semaine après que Washingtion eut révoqué le visa de la procureure générale de la CPI, la Gambienne Fatou Bensouda, en raison d’une possible enquête sur les crimes commis en Afghanistan par des soldats américains.

En septembre 2018, le conseiller du président Trump à la Sécurité nationale, John Bolton, avait annoncé des sanctions contre les juges et procureurs de la CPI qui oseraient juger des Américains – ou des Israéliens – et contre les pays qui livreraient un Américain à la CPI. C’est pourtant ce à quoi de nombreuses capitales se sont pourtant engagées en signant le Traité de Rome qui crée cette juridiction.

A l’époque des menaces américaines, la CPI avait assuré qu’elle “poursuivrait son travail sans se décourager, en accord avec les principes” d’une cour de justice “et l’idée générale d’Etat de droit”. Ce sursaut d’orgueil aura fait long feu: la Cour vient de se rendre sans même livrer bataille.

En cédant au diktat de la Maison Blanche, vendredi, la CPI confirme son impuissance à exprimer l’universalité de la justice internationale. Elle s’est ainsi obstinée, pendant quatorze ans, à ne poursuivre que des Africains, provoquant le rejet du continent et un appel de l’Union africaine – qui l’a accusée de “racisme” – à ses membres afin qu’ils ne collaborent pas avec la juridiction supposée internationale. Le tyran soudanais déchu jeudi dernier, Omar el-Bechir, n’a ainsi jamais été livré par un de ses pairs africains auquel il rendait visite, malgré deux mandats d’arrêt (pour génocide, crimes de guerre, crimes contre l’humanité au Darfour) de la cour internationale.

En cédant vendredi aux pressions de Washington, la CPI dit clairement  qu’elle peut juger des ressortissants du tiers-monde, pas du premier monde.

Pauvre CPI!

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