Soudan: les protestataires poursuivent leur mouvement malgré le coup d’Etat

Soudan: les protestataires poursuivent leur mouvement malgré le coup d’Etat

Par Marie-France Cros.

« Vous, le peuple, fournirez les solutions pour tous les sujets économiques et politiques. Nous sommes venus sans idéologie, nous sommes venus pour maintenir l’ordre et la sécurité afin de donner aux Soudanais l’occasion d’atteindre le changement auquel ils aspirent. Nous n’avons pas l’ambition de tenir les rênes du pouvoir”.

Ces mots du lieutenant-général Omar Zain al-Abidin, qui dirige le comité politique du Conseil militaire de transition instauré jeudi à Khartoum, ont été prononcés vendredi matin, après que des milliers de protestataires eurent défié le couvre-feu nocturne pour réclamer un gouvernement civil, au lendemain du renversement par l’armée du dictateur Omar El-Bechir.

Des proches de Bechir au pouvoir

Les manifestants soudanais ne se sont pas satisfait de l’arrestation du tyran. Ce sont en effet des militaires proches de lui qui ont pris le pouvoir, au premier chef le général Awad Ahmed Ibn Auf, ministre de la Défense, placé à la tête du Conseil militaire de transition créé jeudi par les putschistes.  Il est, comme le chef d’Etat renversé et maintenu aux arrêts, impliqué dans les crimes de guerre et contre l’humanité et les actes de génocide commis au Darfour entre 2003 et 2007 et est sous le coup de sanctions américaines pour cela.

C’est ce qui pousse certains observateurs à analyser le refus des putschistes de livrer Bechir à la Cour Pénale Internationale (CPI), qui le réclame depuis 2009, non comme un acte de nationalisme mais comme une mesure d’auto-protection puisque plusieurs d’entre eux auraient joué un rôle dans les crimes commis au Darfour (province à l’ouest du Soudan où une insurrection ethnique a eu lieu en 2003). Selon le lieutenant-général Abidin, Bechir “pourrait” être jugé au Soudan.

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Position de faiblesse

Cette situation place les putschistes dans une position de faiblesse vis-à-vis de la communauté internationale, qui est accentuée par le rejet officiel des coups d’Etat militaires par l’Union africaine. Celle-ci a estimé que “la prise de pouvoir par l’armée” à Khartoum n’était “pas la réponse appropriée aux défis” auxquels le Soudan doit faire face.

De son côté l’Union européenne a appelé à un transfert rapide du pouvoir aux civils tandis que Washington, qui se réjouit de la chute de Bechir, se contenterait d’”une participation des civils au gouvernement” attendu.

Après que le général Ibn Auf eut annoncé jeudi que le Conseil militaire de transition prenait le pouvoir pour deux ans, avant la tenue d’élections “libres et honnêtes”, le lieutenant-général Abidin a transigé vendredi, disant l’armée “prête à se retirer même dans un mois” si l’ordre était garanti.

C’est encore trop pour les protestataires, dont les manifestations, depuis décembre, sont venues à bout de Bechir – moyennant 49 morts quand même – et qui veulent un “gouvernement civil de transition” tout de suite. Le lieutenant-général Abidin propose, en attendant, un “gouvernement civil” comprenant des militaires.

Une rencontre d’urgence du Conseil de sécurité sur le Soudan était prévue vendredi, à huis clos.

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