RDC: la base de l’UDPS en colère après l’élection des gouverneurs

RDC: la base de l’UDPS en colère  après l’élection des gouverneurs

Par Marie-France Cros

Le mécontentement grondait, jeudi, dans les rangs des « parlementaires debout », les militants de l’UDPS à Kinshasa, au lendemain de l’élection des gouverneurs dont un seul provient de leur camp, celui du Kasaï oriental.

« Bokomesana… » (vous allez vous habituer), se moquent, ces dernières semaines, les Kinois non partisans de l’UDPS. Ils renvoient ainsi ironiquement aux « parlementaires debout » leur commentaire d’après la proclamation de Félix Tshisekedi comme Président de la République en vertu d’un accord avec Joseph Kabila, bien que le Kasaïen n’aie pas gagné la présidentielle selon les compilations électorales de l’Eglise. « Bokomesana », disaient alors, apaisants, les partisans de l’UDPS, ivres de joie à la perspective de « se » voir enfin « au pouvoir ».

Ils déchantent cependant depuis les élections des sénateurs nationaux par les députés provinciaux, qui ont reflété la majorité écrasante accordée par la Ceni (Commission électorale nationale indépendante, réputée acquise aux kabilistes) au Front commun pour le Congo (FCC, coalition kabiliste). La Ceni n’a toujours pas produit les résultats électoraux bureau de vote par bureau de vote, comme la loi l’exige, pour prouver que le Président, les députés nationaux et provinciaux qu’elle a proclamés ont réellement été élus.

Majorité automatique et corruption

Aux sénatoriales, cette majorité, désormais automatique, a encore été accentuée par la corruption des quelques députés provinciaux issus de l’opposition, à la grande colère de l’UDPS, qui ne compte qu’un seul sénateur au lieu de la dizaine qu’elle aurait pu espérer. Félix Tshisekedi a bien suspendu l’installation des sénateurs, en raison de cette corruption notoire, mais il n’a pas tenu longtemps et est passé sous les fourches caudines du FCC sans livrer réellement bataille, « alors qu’il aurait pu, par exemple, soutenir qu’il l’avait décidé après une réunion interinstitutionnelle comme cela avait été fait par la Ceni pour postposer les élections à Beni, Butembo et Yumbi, en décembre dernier », soutient une source de La Libre Afrique.be.

https://afrique.lalibre.be/34936/rdc-les-kabilstes-se-taillent-evidemment-la-part-du-lion-chez-les-gouverneurs/

La même partie se rejoue cette semaine avec l’élection des gouverneurs: seul celui du Kasaï oriental, région d’origine des Tshisekedi, est UDPS, tandis que le FCC se taille la part du lion. L’élection comme gouverneur de Kinshasa du FCCGentiny Ngobila, ex-gouverneur du Mai Ndombe contre lequel a été déposé plainte par des rescapés pour son implication présumée dans le massacre de Yumbi, suscitait jeudi colère et amertume dans les rangs UDPS. La capitale, notoirement anti-Kabila et place-forte de l’UDPS, aurait dû logiquement voir la victoire du « ticket » UDPS, Laurent Batumona/Gecoco Mulumba (prisonnier politique récemment libéré).

« CACH absorbé par le FCC »

Non seulement la base de l’UDPS critique sa défaite mais elle commence à mettre en cause la « coalition » proclamée par Félix Tshisekedi entre le FCC et CACH (Cap pour le changement, coalition UDPS-UNC qui a soutenu sa candidature à la présidentielle). Interrogés par divers médias congolais, les militants UDPS de Kinshasa étaient jeudi nombreux à critiquer la « coalition » dans laquelle « CACH a été absorbé par le FCC ». « Coalition eza nini? » (c’est quoi cette coalition?), interrogent-ils, en colère.

Jean-Marc Kabund a Kabund, désigné président inérimaire de l’UDPS par Félix Tshisekedi – au mépris des règlements internes du parti – est mis en accusation par beaucoup pour ne pas s’être porté directement candidat au gouvernorat. Pourachever de le crucifier, a été mise en ligne jeudi une courte video tournée il y a quelque temps àKisantu, à la Mbuela Lodge d’Antoine Ghonda. On y voit Kabund a Kabund à cheval, en parfait « nouveau riche », alors qu’Azarias Ruberwa, du FCC, lui dit: « Vous voyez ce que donne le pouvoir?!… » (voir video). Le candidat malheureuxau gouvernorat de Lubumbashi, Coco Mulongo, a exigé jeudi la démission de M. Kabund.

Changement d’allégeance de la base UDPS?

D’aucuns s’interrogent sur la déstabilisation de l’UDPS que cette affaire peut entraîner. Ainsi, Valentin Mubake – à la tête d’une dissidence de l’UDPS – serait en train de regagner du terrain dans le cœur des « parlementaires debout ». Depuis la proclamation de Félix Tshisekedi comme Président, il crie à la tricherie électorale et après avoir exhorté le fils Tshisekedi à faire alliance « avec le peuple » plutôt qu’avec les kabilistes. Les militants de Kinshasa n’ont pas oublié que le régime Kabila avait fait incendier le siège de l’UDPS, le 20 septembre 2016, en marge d’une manifestation pour le départ de Joseph Kabila; six militants avaient été brûlés vifs.

Pour certains observateurs, il n’est pas impossible que la base de l’UDPS finisse par changer d’allégeance – d’autant plus facilement que la nomination de Kabund a Kabund comme président intérimaire du parti est illégale.

https://afrique.lalibre.be/31606/tshisekedi-devrait-demissionner-de-la-presidence-de-ludps/

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