RDC: Tshisekedi à Lubumbashi, en proie à la peur

RDC: Tshisekedi à Lubumbashi, en proie à la peur

Par Marie-France Cros.

Félix Tshisekedi fera à partir de ce jeudi 11 avril, et pour trois jours, son premier déplacement à l’intérieur du pays depuis son accession au pouvoir, le 24 janvier dernier. Il le fera au Haut-Katanga, province secouée depuis le début de l’année par une forte hausse du banditisme, en particulier à Lubumbashi. Alors que les commerçants y craignent de plus en plus des pillages de la part de militaires impayés, les denrées diminuent et les prix montent. La tension est forte.

« Nous informons la population du plateau Karavia de se tenir prête. Préparez-nous de l’argent et autres biens. NB: De 0 à 5 ans: les tuer sans pitié et les placer dans le réfrigérateur. De 5 à 100 ans: tuer et violer sans pitié les mamans. Les papas, les tuer d’une balle dans la tête. Nous entrerons dans toutes les parcelles, fermées ou ouvertes, dans le but de tuer, dans les deux jours qui viennent ».

Voilà le type de messages que reçoivent, depuis plusieurs semaines, par tracts distribués dans les maisons, les habitants de Lubumbashi. Intimidation ou menace réelle? « Tout le monde, vraiment tout le monde, prend des mesures pour tenter d’assurer sa sécurité », a indiqué à La Libre Afrique un habitant de la capitale provinciale.

Dormir dehors et faire du bruit

Terrorisés, certains préfèrent alors quitter leur maison avec leur famille et se réfugier temporairement dans un autre quartier de la ville. Ceux qui le peuvent s’installent dans un appartement, plus sûr qu’une maison. D’autres choisissent de dormir dehors, devant leur maison, afin de pouvoir rapidement faire du bruit si leur domicile est attaqué et ainsi prévenir les voisins qui dorment aussi dehors. « Si on est attaqué à l’intérieur de la maison, on a moins de chances de pouvoir faire du bruit », dit notre source. « Certains apprêtent l’argent pour pouvoir le donner tout de suite aux bandits s’il y a une attaque ».

Les habitants de la ville ont en tout cas les nerfs à fleur de peau: de présumés bandits ont été brûlés vifs cette semaine « et encore un ce matin », indique notre source.

Nombreux militaires impayés

Comment expliquer cette forte hausse du banditisme? Certains évoquent les nombreux militaires (pas tous; cela dépend des unités) et policiers impayés. Ce qui pousse les commerçants de Lubumbashi à ne pas faire de stocks, de crainte de pillages; les denrées sont donc peu nombreuses, ce qui fait monter les prix.

D’autres soupçonnent une manœuvre politique pour « montrer » aux Congolais ce qui arrive quand Joseph Kabila n’est plus à la tête de l’Etat: « le désordre ». Ceux-ci soulignent ainsi la rumeur selon laquelle des partisans de deux anciens seigneurs de la guerre katangais, Makabé et Gédéon, s’apprêteraient à relancer de sanglantes attaques comme celles qui les avaient fait malheureusement connaître au début des années 2000.

Le retour de Makabé et Gédéon?

Le retour de Makabé et Gédéon?
Makabé est un chef du village de Musao (territoire de Malemba Nkulu) qui, selon un rapport de l’Onu, avait combattu durant toute l’année 2000 avec l’armée congolaise et les soldats zimbabwéens pour empêcher la chute de Malemba Nkulu auxmains de rebelles, avant de se retourner contre les forces officielles après des disputes et faire régner la terreur, à la tête d’un groupe Maï Maï: rapts d’enfants, attaques de village (avec actes de cannibalisme), etc, jusqu’en 2003. A cette époque, Makabé – oncle de l’inspecteur général de l’armée, le général John Numbi (impliqué, selon la famille, dans l’assassinat, en 2010, du défenseur des droits de l’homme Floribert Chebeya, mais jamais jugé) et neveu de l’ex-gouverneur du Katanga Ngoy Mukena – est nommé « général » des Maï Maï Simbas par ses deux parents haut-placés et responsable de la sécurité de son territoire. C’est lui qui nomme alors Gédéon Kyungu « général de brigade » et responsable de la sécurité à Mulongo.

Mais Gédéon Kyungu s’est fait connaître par la terreur qu’il faisait régner dans « le triangle de Mitwaba » au Nord-Katanga vers 2004-2005. En 2006, il s’était rendu aux Casques bleus avec 200 miliciens (surtout des enfants), tandis que le reste de ses homms continuait à semer la terreur. Remis à la justice militaire congolaise, il est condamné à mort en mars 2009. En septembre 2011, il s’évade grâce à une attaque de la prison par des miliciens – sans que les deux camps militaires à proximité ne bougent! Gédéon reprend ses méfaits et se donne une idéologie sécessionniste. En août 2015, il fonde un parti politique, MIRA. Le 11 octobre 2016, il « dépose les armes », porteur d’un T-shirt à l’effigie de Joseph Kabila et accueilli à Lubumbashi dans uneatmosphère de fête organisée par le gouverneur de province Jean-Claude Kazembe.

Selon un rapport interne de l’Union européenne, dans la nuit du 21 au 23 mars 2017, plusieurs camions de ses homms ont été embarqués à l’aéroport de Lubumbashi vers Kananga (Kasaï-central). Selon une source de La Libre Afrique, une partie de ses Maï Maï démobilisés a été remobilisée par l’armée congolaise pour combattre la rébellion Kamwina Nsapu au Kasaï. En octobre 2017, 79 « détenus politiques » sont amnistiés par le régime Kabila; selon les familles des détenus politiques connus, il s’agissait en réalité d’hommes de Gédéon. Ce dernier fait l’objet de sanctions de l’UE depuis mai 2017 et de l’Onu depuis février 2018.

Selon les rumeurs circulant au Katanga, Makabé ferait aujourd’hui flotter le drapeau indépendantiste katangais dans la cité de Lwena (Haut-Lomami, une des quatre provinces issues du démembrement du Katanga, en 2015) et aurait envoyé son fils auprès de Gédéon pour le rallier à sa cause. Des jeunes envoyés par Makabé prépareraient « la guerre » dans certains quartiers populaires de Lubumbashi. La semaine dernière, l’ONG Justicia a appelé la justice à arrêter Gédéon et enquêter sur les allégations de recrutement et formation d’une nouvelle milice dans les territoires de Kabongo, Malemba Nkulu et Mitwaba – accusations rejetées par le MIRA. Rien ne confirme ces bruits jusqu’ici mais il accroissent l’émoi des Katangais.

Félix Tshisekedi assistera vendredi à Lubumbashi à un Conseil superieur de Défense. Voir photo ci-dessous:

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