Abdelkader Bensalah président contre la volonté des Algériens

Abdelkader Bensalah président contre la volonté des Algériens

Par Arezki Aït-Larbi, Correspondant à Alger

Rejeté par les manifestants qui exigent le départ de tous les barons du régime, le chef de l’Etat par intérim reste droit dans ses bottes.

« Bensalah dégage ! ». Moins d’une heure après la désignation du président du sénat pour assurer l’intérim du chef de l’Etat pendant 90 jours, la réaction des Algériens est sans appel. A Alger, les étudiants qui manifestent tous les mardi depuis le début du mouvement, ont été les premiers à donner de la voix. Alors que les cortèges pacifiques et festifs étaient jusque là tolérés, ils ont été bloqués, hier, au niveau de la place Audin, haut-lieu de la contestation populaire. Très déterminés, les étudiants ont réussi à forcer l’impressionnant barrage de police, avant de se regrouper sur l’esplanade de la Grande poste.

A la salle de conférences de Club des pins, la zone sécurisée de la nomenklaura sur la côte ouest d’Alger, les deux chambres du parlement réunies en congrès ont pris acte de la vacance du fauteuil présidentiel, avant d’introniser Abdelkader Bensalah. Une cérémonie protocolaire boycottée par l’opposition.

Dans la posture d’indésirable, Abdelkader Bensalah, droit dans ses bottes, s’est engagé, sans ironie, « à concrétiser les revendications du peuple ! ».

Sauver le régime

Pour les Algériens, c’est une provocation qui risque de durcir le mouvement ! « Une seule façon de concrétiser les revendications du peuple, c’est de dégager, en emmenant avec lui ses acolytes, s’emporte un étudiant. On ne peut bâtir un Etat de droit dans une Algérie démocratique, avec des dictateurs corrompus ! » Saïd Salhi, vice-président de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme, fustige « le général Gaid Salah, chef d’état-major (qui) assumera seul ce forcing contre la volonté populaire. Restons pacifiques et poursuivons notre marche« . Abdelwahab Fersaoui, président du très actif Rassemblement action jeunesse, surenchérit : « le pouvoir continue de mépriser le peuple. (…) Nous ne devons pas céder. La crise est politique et la solution ne peut être que politique. Les manifestations doivent continuer ».

Avec Nordine Bédoui comme Premier ministre, Tayeb Bélaïz, au Conseil constitutionnel, et le renfort de Abdelkader Bensalah à la tête de l’Etat, l’élection présidentielle prévue dans un délai de 90 jours est ficelée pour sauver le régime. Malgré des professions de foi démocratiques et la promesse de respecter la volonté populaire, le général Gaïd Salah a choisi la logique du sérail, et les intérêts claniques. Sourd à la colère, jusque-là festive et bon enfant, des manifestants qui ne cessent de crier « silmya, silmya (pacifique) » et « khawa, khawa, (fraternité entre le peuple et l’armée) », l’homme fort du régime a choisi la confrontation.

Fin de la récréation ?

Dans plusieurs villes de province, la riposte s’organise. En attendant la grande messe hebdomadaire du vendredi, qui rassemble les Algériens dans une singulière communion fraternelle, des manifestations de colère ont donné le ton sur l’état d’esprit des Algériens. A Alger-centre, les étudiants sont en première ligne. Leurs slogans hostiles au pouvoir restent inchangés depuis le 22 février : « Tout le monde dégage. Vous avez détruit le pays, bande de voleurs. Pour une Algérie libre et démocratique ». Pour le pouvoir, la « récréation » est terminée ; la police, jusque-là débonnaire, a décidé de charger. Les canons à eau ont arrosé copieusement les étudiants, qui résistent. Avant d’être dispersés par les gaz lacrymogènes.

Pour la politologue Louisa Dris-Ait Hamadouche, professeur à l’université d’Alger, ce sont là des « signes qui n’augurent pas d’une politique d’apaisement » .

Dans la soirée de ce mardi 9 avril, une coordination d’associations et de syndicats autonomes a dénoncé « la répression de la marche des étudiants, (…) et les tentatives d’interdiction des manifestations publiques et pacifiques à Alger », avant d’appeler les Algériens « à participer massivement aux marches pacifiques qui auront lieu ce vendredi 12 avril ».

Alors que tout le monde attendait le traditionnel discours hebdomadaire du général Gaïd Salah, le chef d’état-major, en visite hier à Oran, dans l’ouest du pays, pour superviser des manœuvres militaires, est resté silencieux.

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