Abderrahmane Sissako, itinéraire d’un cinéaste nomade

Abderrahmane Sissako, itinéraire d’un cinéaste nomade

Valérie Osouf compose un documentaire qui lui ressemble, dédié aux exilés du monde entier. A voir sur Arte

Né en Mauritanie, élevé au Mali et formé en Russie, longtemps Parisien d’adoption, le cinéaste Abderrahmane Sissako est un homme sans frontières, un éternel nomade. Cette propension à vouloir embrasser l’humanité dans sa diversité est le fil rouge de son œuvre depuis ses tout débuts à Moscou avec son film « Octobre » (1993). Un film qui parle de cette parenthèse hors du temps vécue par nombre d’étudiants étrangers, lors de leurs études. Une référence à sa propre expérience, loin des siens, dans ce VGIK (Institut national de la cinématographie) qui forma tant de cinéastes étrangers et, singulièrement, de nombreux Africains.

Interrogé par la documentariste Valérie Osouf, Sissako évoque « le hasard et la force des rencontres, les personnalités et les scènes qui s’imposent à vous ». Ces destins singuliers qu’il capture dans de longs plans séquences, magnifiques et souvent sans paroles. Au fil de ses voyages : « Rostov-Luanda » (1997), « La vie sur terre » (1998), « En attendant le bonheur » (2002), « Bamako, la cour » (2006) et « Timbuktu » (2014).
A son sujet, son maître, le cinéaste géorgien Marlen Khutsiev parle d’un « regard vivant, un œil qui voit et qui ressent ». Bel hommage de la part de celui auprès duquel il a passé dix ans d’apprentissage en URSS et qui salue le côté « très plastique, expressif et maîtrisé » de son dernier film « Timbuktu », salué à travers le monde.

Le documentaire le suit de Bamako (Mali) à Nouakchott (Mauritanie) et montre à quel point sa cinématographie s’est nourrie de son propre parcours de vie.
« Projeter aux yeux du monde ce que tu ressens, cette intention te permet de rendre le particulier universel » disait Césaire. « Révéler l’humanité de chacun en donnant à voir sa profonde singularité » semble être devenu son leitmotiv.

Expériences africaines

Martin Scorsese parle du calme magnifique qui transcende le cinéma de Sissako quelle que soit l’âpreté ou la force des scènes proposées. «Un cinéma qui crée de l’empathie et une meilleure connaissance du monde » et qui contient de nombreuses scènes directement inspirées du réel. Le cinéaste s’excuse presque de revenir sans cesse sur une histoire pleine de soubresauts, de fureur et de tourments ce qu’il appelle les « rencontres malheureuses de l’Afrique« .

Un de ses amis évoque les héritages multiples – arabe, berbère et africain – qui se marient en lui. On n’est donc pas étonné de le retrouver en Chine, travaillant sur son prochain film « La Colline parfumée » qu’il tournera aussi en Ethiopie, au Ghana ou au Nigeria.
S’attachant à la présence chinoise en Afrique mais aussi à la présence africaine très marquée à Canton, son nouveau film évoquera la rencontre entre l’Afrique et l’Empire du Milieu, un pays dans lequel il n’a jamais vécu et avec lequel le cinéaste aux semelles de vent n’a aucun lien, aucune attache… Une première.
Au final, Valérie Osouf compose un documentaire qui lui ressemble, dédié aux exilés du monde entier. A voir mercredi, 24 mai, à 22h30 sur Arte, juste après la diffusion de son dernier film « Timbuktu » à 20h55. Film que l’on pourra déjà voir ce mardi à 21h15 sur La Trois (RTBF).

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