Rwanda : 1 personne sur 3 souffre de stress post-traumatique 25 ans après le génocide

Rwanda : 1 personne sur 3 souffre de stress post-traumatique 25 ans après le génocide

Le Rwanda entame ce dimanche la commémoration du génocide des Tutsis, qui avait entrainé en 1994, la mort de plus de 800 000 personnes. Vingt-cinq ans plus tard, près d’une personne sur trois souffre de troubles de stress post-traumatiques[1]Handicap International est toujours présente auprès des victimes de violences. L’association qui a débuté son intervention au lendemain du génocide, a permis  d’apporter un soutien psychosocial à plus de 25 000 personnes. 

Avril 1994, durant cent jours, plus de 800 000 personnes – hommes, femmes, enfants – ont été tuées au Rwanda, et de nombreuses autres ont été frappées, torturées. Une violence incompréhensible qui laisse encore des traces indélébiles, vingt-cinq ans plus tard.  Aujourd’hui, environ 29% de la population, soit près d’une personne sur trois, souffrent toujours de troubles de stress post-traumatiques liés au génocide. Et plus d’une personne sur cinq est atteinte d’épisodes dépressifs.

Durant cette période de commémoration de trois mois, HI mobilise les professionnels de la santé mentale (psychologues, etc.) en collaboration avec la Coordination nationale de santé mentale (Rwanda Biomedical Center – RBC). L’association les prépare notamment aux interventions liées à la gestion des crises du trauma et à accompagner les victimes du génocide sur les lieux de la commémoration.

Briser le cercle vicieux de la violence

« Dans la vie courante, le traumatisme lié au génocide est enfui, refoulé, explique Chantal Umurungi, référente santé mentale et soutien psychosocial pour HI au Rwanda. Durant cette période de commémoration, les souvenirs, les ressentis, les émotions, reviennent. Les victimes sont ‘au rendez-vous de la souffrance’. Pour certains, ‘ça s’écrase’. Les gens parlent, c’est très fort. Ils peuvent revivre des crises de panique, la perte de leurs proches… Les séquelles sont toujours présentes. Le soutien mutuel dans cette période des souffrances est essentiel, et le partage de ressentis, très libérateur ».

HI s’attaque également aux conséquences indirectes du génocide : « Ce qu’il s’est passé a eu un impact important au niveau de la santé mentale, qui entrainent d’autres effets indirects : consommation de drogues, pratiques sexuelles à risque, violences, conflits de couple, etc. Ce contexte appauvrit les familles et fragilise le lien social. En proposant cette approche de santé mentale communautaire, en permettant de partager les ressentis, en recréant du lien, HI veut briser le cercle vicieux de la violence et d’une santé mentale dégradée », complète Chantal Umurungi.

Plus de 25 000 personnes soutenues

HI a lancé son intervention au lendemain du génocide des Tutsis, en 1994, et a mené un premier projet de santé mentale en 1996, en apportant un soutien psychologique aux enfants ayant perdu leurs parents. Aujourd’hui, HI accompagne toujours les victimes directes et indirectes du génocide. Depuis 1996, l’association a proposé plus de 46 000 séances de soutien psychosocial à plus de
25 000 victimes directes de violence.

Approche de santé mentale communautaire

En 2018, plus de 5 800 personnes ont participé à des activités de soutien psychosocial afin de se libérer de leurs traumatismes, notamment à Kigali (district de Gasabo), dans la province de l’Ouest (district de Rutsiro et de Rubavu). Selon l’approche de santé mentale communautaire, l’association propose des groupes d’écoute et de partage, où les participants s’expriment et partagent leur traumatisme, en compagnie d’un psychologue ou d’un volontaire communautaire. Les groupes d’entraide leur permettent de mettre en place des projets économiques collectifs (élevage de bétail, petit magasin, etc.), de gagner en autonomie et en confiance en soi.-

[1] (Munyandamutsa, Nkubamugisha, Gex- Fabry, & Eytan, 2012)

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