Paul Kagame, l’ouverture politique à tout petits pas

Paul Kagame, l’ouverture politique à tout petits pas

Leader incontournable et intransigeant du Rwanda depuis le génocide de 1994 auquel il avait mis fin, le président Paul Kagame, soucieux sans doute de polir son image internationale, a laissé poindre ces derniers mois quelques légers signes d’ouverture politique. Après un quart de siècle au pouvoir, M. Kagame, 61 ans, a acquis une figure de père de la Nation autant respecté que craint au Rwanda et sur le reste du continent africain. A l’extérieur, le jugement est plus critique et le dépeint plutôt en despote éclairé.

« Au faîte de sa carrière nationale et régionale », M. Kagame n’est plus seulement décrit dans son pays comme le chef militaire qui a remis le Rwanda sur pieds, « mais aussi comme un guide expérimenté désormais en charge de l’éducation des masses et des élites », observe le chercheur français André Guichaoua. »Cette fonction de mentor autoritaire caractérise bien le rapport du pouvoir vis-à-vis des administrés », résume pour l’AFP l’auteur de « Rwanda, de la guerre au génocide » (2010).

Kagame n’avait que 36 ans en 1994 quand à la tête du Front patriotique rwandais (FPR), il chassa hors du pays les extrémistes hutus responsables d’un génocide ayant fait au moins 800.000 morts, selon l’ONU, essentiellement au sein de la minorité tutsi.

Successivement vice-président et ministre de la Défense après 1994, puis président à partir d’avril 2000, cet homme longiligne, au dos légèrement voûté et au visage fin toujours surmonté de lunettes, a impulsé par sa forte personnalité le renouveau du Rwanda.

Sous sa férule, le pays, brisé par le génocide, a été pacifié et a retrouvé son unité. Surtout, il a connu un développement économique spectaculaire, avec plus de 7% de croissance annuelle depuis le début du siècle.

Ces succès ont d’abord valu à M. Kagame d’être érigé en dirigeant post-colonial modèle. Mais lentement, son prestige s’est érodé aux yeux d’Occidentaux lassés de ses mésaventures guerrières en République démocratique du Congo (RDC) et de ses excès d’autoritarisme.

Préoccupé par son image, il a semblé infléchir légèrement son attitude à l’égard de l’opposition depuis sa réélection en août 2017 pour un nouveau mandat de sept ans, avec près de 99% des voix.

En septembre 2018, le régime a accordé une libération anticipée à Victoire Ingabire, condamnée à 15 ans de prison pour « minimisation du génocide ».

Puis en décembre, une autre opposante, Diane Rwigara, qui avait vainement tenté de concourir à la dernière présidentielle, a été acquittée par un tribunal des accusations d’incitation à l’insurrection.

« Kagame estime prudent de faire taire le vieux discours le présentant comme autocratique et trop intolérant à l’égard de l’opposition, donc la libération d’opposants politiques n’était pas une coïncidence », estime un commentateur politique rwandais. « N’oubliez pas que plus le temps passe, plus il est conscient du legs qu’il entend laisser derrière lui », ajoute cet expert ayant requis l’anonymat.

Le Rwanda doit accueillir en 2020 la Réunion des chefs de gouvernement du Commonwealth (CHOGM) et a aussi intérêt à donner dans ce cadre quelques garanties en matière de défense des droits humains.

Un autre signe de cette timide embellie avait été en septembre 2018 l’entrée de l’opposition au Parlement. Le Parti démocratique vert de Frank Habineza, seul parti d’opposition toléré, avait obtenu deux sièges.

Ce nouvel équilibre reste toutefois précaire. Sitôt sa sortie de prison, Mme Ingabire a été prévenue par M. Kagame en personne que si elle ne modérait pas ses critiques, elle pourrait rapidement y retourner. Elle et Mme Rwigara restent sous constante surveillance.

Un assistant de Mme Ingabire a été assassiné en mars, pour des raisons politiques selon son parti, alors que la police a évoqué un litige personnel. Le numéro 2 de ce même parti, Boniface Twagirimana, est quant à lui porté disparu depuis octobre.

Les organisations de défense des droits humains continuent à dénoncer les arrestations arbitraires. Et le code pénal prévoit toujours de lourdes sanctions contre les prises de position trop ouvertement hostiles au gouvernement ou susceptibles d’être considérées de la diffamation à l’encontre du chef de l’État.​

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