Liz Gomis filme «une Afrique en mouvement»

Liz Gomis filme «une Afrique en mouvement»

C’est un autre visage de l’Afrique que la journaliste et réalisatrice franco-sénégalaise Liz Gomis souhaite montrer au travers d’une web-série documentaire bourrée d’énergie et de charme, coréalisée avec soin par Aurélien Biette, Africa Riding***. Une websérie documentaire rafraîchissante sur de jeunes skateurs engagés, à voir en ligne sur arte.tv.

Ces huit épisodes de huit minutes chacun, en ligne sur le site arte.tv, mettent en valeur une jeunesse tournée vers l’avenir, qu’unit une même passion pour les sports à roulettes.

Quelle a été votre démarche ?

L’idée est partie d’une exposition de photos il y a plus de dix ans, bâtie autour de jeunes qui avaient fabriqué une rampe de skate à la main dans le bidonville de Kintitale, à Kampala, en Ouganda. C’est en 2016, lorsque le producteur Jean-Baptiste Jouy m’a demandé de lui proposer un sujet, que je lui ai proposé de me pencher sur la skate culture en Afrique, qui prend de plus en plus d’ampleur. Je voulais faire un sujet non sur le sport lui-même, mais sur le côté à la fois marginal et accompli de ces jeunes.

« Mes huit personnages ne voient pas l’Occident comme un eldorado »

Je suis entrée en contact, par le biais des réseaux sociaux, avec des jeunes qui se servent de la pratique du sport à roulettes pour s’affirmer. Mes huit personnages ne voient pas l’Occident comme un eldorado et ne veulent pas partir de chez eux. Ils sont impliqués dans leur communauté, avec des engagements forts, d’un point de vue politique, social ou culturel.

Que souhaitiez-vous montrer ?

Que tous les jeunes d’Afrique n’avaient pas vocation à aller en Occident pour essayer d’aller chercher une meilleure vie. La plupart de ceux que j’ai rencontrés lors du tournage, ou lors de vacances au Sénégal, au Kenya ou au Ghana, essaient de faire changer les choses dans le quartier, puis dans la ville, voire sur le plan national.

Pourquoi cette forme de web-série documentaire ?

Les chaînes classiques m’ont répondu que mon sujet n’était pas assez concernant, parce que je n’entre pas dans les stéréotypes d’un sujet qu’on attend sur l’Afrique. Je ne parle pas de guerre, ou ce n’est pas le sujet principal, je ne parle pas de maladie ou d’enfants qui meurent de faim. Une seule chaîne pouvait accepter ce projet, Arte, qui, sur le web, fonctionne sur le mode des séries.

Pourrait-on imaginer une version de 52 minutes pour l’antenne ?

J’adorerais faire un documentaire de 52 minutes parce que j’ai tellement de matière. Le format de 8 minutes est frustrant. On pourrait faire un spin off sur un des personnages, Jackson Mubiru, en Ouganda (il a construit la rampe de Kintitale, NDLR). Il a une carte à jouer.

La série, en ligne depuis quelques semaines, a-t-elle été bien reçue ?

Oui ! L’épisode « Karim » a été vu 1,1 million de fois sur Facebook. Ca a l’air très bien parti sur arte.tv. Je reçois aussi beaucoup de mails, notamment de jeunes Français intrigués par ces jeunes skateurs. Un club de rollers de Marseille veut faire du crowdfunding pour collecter du matériel et l’envoyer au Rwanda. Il y a un engouement autour de la série, et une vraie mobilisation.

Ce sont aussi des artistes, qui s’expriment notamment par le dessin, tel Mika.

C’est un mode de vie. Certains fabriquent leur propre skate, d’autres développent leur marque de vêtement… Comme il n’y a pas de skate shop, les jeunes vont dans les marchés de seconde main pour trouver des paires de rollers et récupérer les roues. En Afrique, il n’y a pas de limite.

Il y a aussi des filles, comme Dominique, qui affiche un militantisme féministe.

C’est contre-nature de voir une femme faire du skate en Afrique, ou de traîner avec des gars qui ont une activité qui ressemblerait à de l’amusement. On a reçu des insultes lorsqu’on la filmait. Mais Dominique assume qui elle est et ira jusqu’au bout. On ne peut pas comprendre qu’une activité artistique puisse prendre autant de place lorsqu’on a des besoins primaires tels que se nourrir, s’habiller, se loger. Quant au skate, il n’est même pas considéré comme un sport.

Avez-vous d’autres projets ?

Oui, avec une thématique sportive uniquement centrée sur des femmes qui défient les codes de toute une société africaine. Je souhaite convaincre des chaînes encore réticentes sur ce genre de sujet. J’ai envie de changer les perceptions sur ce continent, de montrer une Afrique en mouvement et dans le bon mouvement.

Entretien: Caroline Gourdin, à Paris.

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