RDCongo: imbroglio aux Affaires foncières: sursaut civique ou poudre aux yeux?

RDCongo: imbroglio aux Affaires foncières: sursaut civique ou poudre aux yeux?

 
Par Marie-France Cros

 
C’est bien connu: plus de 80% des affaires présentées aux tribunaux dans toute la République démocratique du Congo sont liées à des conflits fonciers. Le nouveau ministre des Affaires foncières, Emmanuel Ilunga, désigné ad interim, vient de créer une commission pour identifier ces litiges. Sursaut civique en faveur des « plus faibles, spoliés par les puissants », comme il l’a expliqué dans une conférence de presse le 1er avril, ou poudre aux yeux?
 
Le 13 mars dernier, le Premier ministre Bruno Tshibala suspendait son ministre des Affaires foncières, Lumeya Dhu Maleghi, sur instruction du président Félix Tshisekedi, pour mauvaise gestion. Son portefeuille a été attribué le 20 mars à son collègue ministre délégué des Congolais de l’étranger, Emmanuel Ilunga (qui occupait déjà ce poste dans le gouvernement Badibanga). Celui-ci a procédé, dès le lendemain, à d’importantes modifications au sein du ministère tandis que, le 22 mars, le Premier ministre interdisait aux ministres intérimaires de réajuster les cabinets de leur prédecesseur.
 
Un grand nombre de ministres ont en effet quitté le gouvernement sortant parce qu’ils ont été déclarés par la Ceni (Commission électorale nationale indépendante, réputée acquise au « Président honoraire » Joseph Kabila) élus députés nationaux – en dépit du fait que, pas plus que celle de Félix Tshisekedi, leur victoire électorale n’a été prouvée, la Ceni n’ayant toujours pas produit les résultats des élections du 30 décembre 2018 bureau de vote par bureau de vote comme l’y oblige la loi. Ces ministres n’ont pas voulu lâcher la proie pour l’ombre et ont préféré le poste de député qui s’offrait à eux.
 
Cependant, on attend toujours la nomination d’un Premier ministre par Félix Tshisekedi, le choix de celui-ci faisant l’objet d’un bras de fer entre le Président et le « Président honoraire », qui garde presque tous les pouvoirs. De nombreux ministres du gouvernement-qui-devrait-un-jour-sortir se sont donc vu attribuer d’autres ministères en plus du leur. C’est le cas de M. Ilunga.
 
Arrêtés anti-datés?
 
Une partie de la presse kinoise a alors accusé le nouveau ministre des Affaires foncières d’avoir agi illégalement, voire d’être un « faussaire », ayant anti-daté certains de ses arrêtés. Ce que M. Ilunga a nié lors d’une conférence de presse ce 1er avril.
 
Il y a indiqué faire l’objet de menaces et d’attaques dans la presse parce qu’il a créé, dès son arrivée aux Affaires foncières, une « Commission Etienne Tshisekedi » chargée d’identifier tous les cas de spoliation foncière sur toute l’étendue de la République, afin de rendre « justice » aux victimes. De nombreux Congolais ne possèdent en effet pas de titres de propriété pour leur terre; des gens plus au fait qu’eux du fonctionnement d’un Etat moderne vont donc se déclarer propriétaires de la parcelle, en reçoivent les titres fonciers et font expulser les malheureux.
 
Ces cas, innombrables, sont assurément à régler, mais d’aucuns doutent de la sincérité de M. Ilunga – qui, lors de sa conférence de presse, n’a pas hésité à se féliciter lui-même de son « courage ». Il n’en a pourtant guère montré pour défendre les intérêts des Congolais de l’étranger, son autre portefeuille, qui n’ont pu voter bien que la Constitution leur en garantisse le droit.
 
Népotisme et fonctionnaires fictifs
 
Accusé d’avoir nommé un nouveau cabinet pour placer ses proches, M. Ilunga a assuré que c’était « faux » et s’est justifié en indiquant qu’arrivé aux Affaires foncières, il n’y avait trouvé « aucun directeur de cabinet, mon prédecesseur ayant révoqué le sien. Avec les prérogatives qui me sont données par la Constitution, j’étais dans l’obligation de nommer un directeur de cabinet et toute son équipe ». Le ministre ad interim a souligné que celle-ci comptait 44 personnes – maximum autorisé par une ordonnance présidentielle – contre 180 pour son prédecesseur.
 
Parmi ces 180 personnes, a-t-il ajouté, il y avait des fonctionnaires fictifs, des villageois jamais venus à Kinshasa dont le salaire était empoché chaque mois par « des gens mandatés ». Sans compter le « désordre » dans les archives et documents officiels, a encore accusé le ministre ad interim.
 
Enfin, selon notre consoeur kinoise La Prospérité, M. Ilunga a contesté que le gouvernement Tshibala soit « en affaires courantes », situation qui n’existe, selon lui, que lorsqu’un Premier ministre nommé prépare un nouveau gouvernement, ce qui n’est toujours pas le cas. Ses collègues et lui peuvent donc, dit-il, travailler normalement.

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