Passé colonial: des excuses ou des regrets sur un sujet sensible

Passé colonial: des excuses ou des regrets sur un sujet sensible

A l’instar de l’Espagne et du Vatican, interpellés par le président mexicain Andrés Manuel Lopez Obrador, nombre de puissances coloniales se voient demander des excuses par les peuples qu’elles ont dominés.

Certaines finissent par s’exécuter mais le sujet, hautement sensible, suscite beaucoup de réticences.

– Excuses formelles –

– Depuis les années 1990, le Japon a présenté à plusieurs reprises des excuses publiques pour les exactions commises par les troupes impériales pendant la colonisation de la péninsule coréenne (1910-1945) et lors de l’occupation partielle de la Chine (1931-1945).

Toutefois, la sincérité de ces excuses, jugées en outre insuffisantes, est mise en doute par les voisins du Japon.

Beaucoup de Coréens du Sud reprochent à Tokyo de ne pas assumer suffisamment ses responsabilités concernant la question des « femmes de réconfort », esclaves sexuelles de l’armée impériale nippone, principalement originaires de Corée, Chine et Philippines.

– En 2013, les Pays-Bas ont présenté des excuses officielles pour les exécutions sommaires perpétrées en Indonésie pendant la décolonisation dans les années 1940.

– En 2008, l’Italie a présenté ses excuses solennelles à la Libye et s’est engagée à verser à ce pays cinq milliards de dollars sur les 25 prochaines années au titre de dédommagements pour la période coloniale dans la première moitié du 20e siècle.

– La même année, le Canada a présenté ses « sincères excuses » et demandé « pardon » aux peuples autochtones pour l’envoi de force, pendant des décennies, d’enfants indiens, métis et inuits dans des pensionnats où ils ont été victimes de sévices.

– Egalement en 2008, l’Australie a présenté des excuses officielles aux Aborigènes pour les injustices subies pendant deux siècles, dont le retrait de force d’enfants autochtones à leurs familles à des fins d’assimilation.

– En 1999, le Danemark s’est excusé auprès des Inuits de Thulé au Groënland, déplacés de force en 1953.

– Le gouvernement suédois a présenté en 1998 des excuses aux Lapons pour les injustices subies pendant la colonisation, lorsqu’ils avaient été chassés de leurs terres.

– Excuses papales –

Lors d’un voyage en Amérique du sud en 2015, le pape François a demandé « humblement pardon, non seulement pour les offenses de l’Eglise même, mais pour les crimes contre les peuples autochtones durant ce que l’on appelle la conquête de l’Amérique ».

En 2016 au Mexique, il a appelé à demander « pardon » pour l’exclusion dont ont été victimes les peuples indigènes dans l’Histoire.

– Regrets –

– En février 2019, un Groupe de travail des Nations Unies a exhorté la Belgique à « présenter des excuses pour les atrocités commises pendant la colonisation » en Afrique (actuels RDC, Rwanda et Burundi). Il a également recommandé une « justice réparatrice » en tant que « moyen de réconciliation et de guérison ».

Auparavant, la Belgique avait présenté en 2002 ses « excuses » et ses « profonds et sincères regrets » au peuple congolais pour une autre page sombre de l’Histoire: son rôle dans la mort du Premier ministre Patrice Lumumba, héros de l’indépendance assassiné en janvier 1961. Bruxelles avait également annoncé la création d’un fonds destiné au « développement démocratique » de la RDC.

– En 2013, le Premier ministre britannique David Cameron a qualifié de « profondément honteux » un massacre perpétré en 1919 par les troupes anglaises à Amritsar au Pendjab (nord-ouest de l’Inde), sans toutefois présenter d’excuses.

La même année, le chef de la diplomatie britannique, William Hague, a exprimé les « regrets sincères » du gouvernement pour les tortures et mauvais traitements infligés aux Mau Mau du Kenya lors de leur révolte contre l’administration coloniale dans les années 1950, sans aller jusqu’à des excuses complètes.

– Après avoir reconnu en 2004 sa responsabilité dans les massacres des tribus Herero et Nama originaires de Namibie, le gouvernement allemand a indiqué en 2016 qu’il prévoyait des excuses officielles, tout en refusant des réparations.

Les historiens considèrent comme victimes du premier génocide du 20e siècle les dizaines de milliers d’Hereros et Namas tués entre 1904 et 1908 après s’être rebellés contre les Allemands.

– Tabous –

La mémoire de la colonisation reste un sujet hautement sensible, par exemple en France. En 2017, quelque mois avant son élection à l’Elysée, Emmanuel Macron avait suscité la polémique en qualifiant la colonisation de « crime contre l’humanité », lors d’une interview en Algérie.

En 2018, il a levé un tabou officiel en reconnaissant que la France avait pratiqué la torture pendant la guerre d’Algérie (1954-1962).

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