Maroc : terres collectives, le combat au féminin

Maroc : terres collectives, le combat au féminin

Sous l’effet de la pression urbaine, les tribus, poussées à vendre leur terres, ont dû déterminer lesquels de leur membres étaient en droit de prétendre à l’argent de la vente or les femmes, traditionnellement exclues de la répartition interne des terres, n’avaient droit à rien. Rkia Bellot a été l’une des premières à faire entendre sa voix au sein de la tribu des Haddada, au nord de la capitale.

Les terres des Haddada ont-elles été touchées la croissance urbaine?

Les terres des Haddada étaient les premières terres collectives au contact de la ville de Kénitra [au nord de la capitale, Rabat, ndlr], alors tout est parti très vite… Il y a eu plusieurs expropriations depuis 1935. Une parcelle de 52 hectares a notamment été vendue au conseil communal et en 1996 les hommes de la tribu ont eu en contrepartie des lots de terrains viabilisés. En 2004, 104 hectares ont encore été vendus. C’est pour cette raison que les femmes Haddada ont été les premières à revendiquer leur statut d’ayant droit : nous avions déjà presque tout perdu.

Comment avez-vous réussi à devenir naïba, représentante légale de votre tribu, alors que le fonctionnement des tribus est traditionnellement patriarcal ?

En 2011, la nouvelle constitution a reconnu l’égalité des hommes et des femmes. Le ministère de l’Intérieur [de tutelle] a publié une circulaire, dans le cadre des terres collectives, qui reconnaît aux femmes les mêmes droits que les hommes, y compris celui de représenter sa tribu. Nous avons ensuite eu la chance qu’une wali [équivalent du préfet, ndlr] soit nommée pour la région Gharb-Chrarda-Beni Hssen et la province de Kenitra en janvier 2014. L’occasion du 8 mars approchait et elle a osé accepter la nomination de 5 femmes naïbas dans la tribu de Mehdia où il y avait seulement deux hommes représentants. Cette décision a fait tache d’huile et j’ai déposé mon dossier à mon tour : 4 femmes ont été nommées naïbas contre 3 hommes pour les Haddadas.

Aujourd’hui considérez-vous votre place comme acquise ?

Nous continuons à souffrir de la mentalité des hommes de l’administration et ceux avec qui nous partageons le pouvoir. Récemment, nous étions en train de faire les listes des ayants droits suite de la vente de 1,5 hectare au ministère de l’Education nationale. Chacun devrait recevoir environ 1000 dirhams sur les fruits de la vente. Des hommes qui s’opposent à nous, sont alors venus crier : « comment osez-vous donner ça à des femmes qui portent des caftans, quand on a des savants qui portent des pantalons ». Nous souffrons à chaque pas.

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