Move With Africa : Journal de bord d’un enseignant: de la communication à la rencontre de l’autre…

Move With Africa : Journal de bord d’un enseignant: de la communication à la rencontre de l’autre…

« On ne peut pas ne pas communiquer ! » Tous les cours de communication – ou presque – , commencent par ce postulat, cher au philosophe Paul Watzlawick (1) … Combien de fois n’entend-on pas dire : « Tu ne connais pas la langue ? Pas grave ! T’auras qu’à faire des gestes ! »  Ah oui ? Pas si simple cependant lorsqu’il est question de communication interculturelle… parce que le langage non verbal est porteur de sens, certes, mais encore faut-il que le « décodeur » soit connu, sous peine de commettre un impair ou de blesser voire vexer son interlocuteur .  Ainsi, chez nous, un enfant qui tire la langue est considéré, au choix, comme espiègle ou mal élevé. Lorsqu’un instagrammeur ou une instragrammeuse fait de même, il s’agit d’une mimique habituelle sur les réseaux sociaux et autres selfies. Par contre, au Tibet, se saluer en tirant une jolie langue rose,  c’est une façon de montrer que l’on n’est ni un sorcier ni un revenant, auquel cas la langue serait noire ; en tout cas,  c’est ce que nous apprend Vincent Bourrieu dans son ouvrage consacré aux bonnes manières 2.0 (2)

Cet exemple nourrit une première réflexion. Dire bonjour… Quoi de plus banal ? Simple attitude de savoir-vivre, inculquée depuis le plus jeune âge. Et pourtant… entre le « hug », l’accolade, le serrement de mains ou le « bisou », il y a de quoi y perdre sa politesse ! Chez nous, s’embrasser fait partie des mœurs, tant dans la vie privée que professionnelle, au grand dam de nos grands-parents, qui ont parfois du mal à comprendre pourquoi d’illustres inconnus leur font la bise au lieu de leur serrer la main.  Mais qu’en est-il au Bénin, notre destination tant attendue ? Toujours selon Vincent Bourrieu, on s’y salue en se faisant plusieurs bises ; la dernière pouvant se terminer sur les lèvres, y compris entre personnes du même sexe.  Si c’est bien le cas, autant le savoir, sous peine, cette fois-ci, d’être choqué ou d’y voir une invitation à une relation amoureuse. Du coup, observer sans tirer de conclusions hâtives et sans juger, voilà certainement une attitude pertinente !

Sous l’arbre à palabre, il y a 20 ans, du côté de Ouagadougou (Burkina Faso)

Cela nous amène  à une seconde réflexion : et si  une communication respectueuse passait  par la connaissance des coutumes et des traditions ? Lorsqu’on songe à l’Afrique noire, une image s’impose : celle des feuilles rafraîchissantes de l’arbre à palabre, qui abrite les discussions liées à la vie du village,  les contes transmis de génération en génération,  les savoirs ancestraux… Un lieu d’accueil aussi pour les étrangers : sous l’arbre à palabre, les notables du village se réunissent et chacun peut s’exprimer, mais attention, il s’agit de respecter la hiérarchie ! Les anciens et les chefs ont droit à plus d’égards ; les enfants sont subordonnés aux adultes et les femmes, quant à elles, sont subordonnées aux hommes, n’en déplaise aux adeptes du « girlpower » ! Et il faut prendre le temps aussi… Ici, un minute fait parfois 60 secondes… ou 600… et on ne sait pas toujours pourquoi… mais une chose est certaine, il vaut mieux en prendre son parti, sous peine de ne pas profiter pleinement des rencontres et des échanges.

En conclusion,  pour faire de la communication une véritable communion, ainsi que le suggère l’étymologie, soyons attentifs à l’autre, évitons de nous fier aux apparences, soyons humbles et surtout, prenons le temps…

  • Paul Watzlawick est né le 25 juillet 1921 à Villach (Autriche) et mort le 31 mars 2007 à Palo Alto (Californie) . Philosophe, psychologue et sociologue, il est un théoricien de la communication et fondateur de l’Ecole de Palo Alto.
  • BOURRIEU Vincent,  Les bonnes manières 2.0 : le nouveau savoir-vivre en un coup d’œil,  Hachette, septembre 2016

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