Le Dr Mukwege et le Prof Cadière racontent leur « combat contre la barbarie » à Bukavu

Le Dr Mukwege et le Prof Cadière racontent leur « combat contre la barbarie » à Bukavu

Le gynécologue congolais Denis Mukwege, co-lauréat du prix Nobel de la Paix 2018 et son complice, le professeur belge de chirurgie Guy-Bernard Cadière, racontent dans un livre écrit à quatre mains l’amitié qui s’est installée entre eux, leur permettant de progresser ensemble dans la « réparation » des femmes, jeunes filles et même fillettes victimes de graves violences sexuelles dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), un phénomène qui tend encore à s’étendre.

Le Dr Mukwege, titulaire de nombreux prix internationaux, dirige l’hôpital de Panzi, à Bukavu, le chef-lieu du Sud-Kivu, dans l’est congolais, en proie à des décennies de violences. Cet établissement qu’il a créé en septembre 1999 a pris en charge 54.471 survivantes de violences sexuelles – parfois des nourrissons – et 41.637 patientes souffrant de pathologies gynécologiques, selon des chiffres arrêtés à la mi-2018. L’hôpital, qui bénéficie du soutien de partenaires internationaux, dont la Coopération belge au développement, dispose de 450 lits dont 200 pour les « SVS » (victimes de violences sexuelles).

Le gynécologue a opéré des milliers de femmes dont les organes génitaux ont été détruits, souvent dans des viols collectifs commis par des hommes en armes qui tuent et qui pillent également. Les victimes sont parfois des bébés de quelques mois, un phénomène apparu vers 2014, selon le médecin congolais.

« On est presque tombé amoureux l’un de l’autre », a plaisanté le Dr Mukwege lundi lors d’un entretien accordé à l’agence Belga en compagnie de son complice, le professeur Cadière, en prélude à la sortie de leur ouvrage, intitulé « Réparer les femmes. Un combat contre la barbarie » et écrit avec l’aide de Julien Oeuillet.

Le livre décrit l' »aventure merveilleuse » qui a uni le destin des deux médecins, l’un né le 1er mars 1955 à Bukavu et qui étudié la médecine au Burundiavant de se spécialiser en France, et l’autre qui vu le jour en 1956 à Bruxelles, avant de devenir l’un des pionniers de la chirurgie minimale invasive par voie laparoscopique.

Les deux hommes se sont rencontrés par hasard en mai 2011 à Bruxelles lors de la remise au Dr Mukwege du prix international Roi Baudouin pour le Développement. Après cette rencontre « déterminante », ils ont ensuite « inventé » ensemble de nouvelles techniques pour soigner les victimes de violences sexuelles et publié dans des revues internationales une classification des lésions (dite « classification Mukwege ») et une codification des interventions chirurgicales inédites qu’ils ont effectué.

« Vous imaginez un bébé de six mois ou de dix-huit mois qui est pénétré par un adulte. Ce n’est pas décrit » (dans la littérature scientifique) », a expliqué le Dr Mukwege, qui est aussi maître d’enseignement et docteur en sciences médicales de l’Université libre de Bruxelles (ULB) depuis 2015.

« On commence à élaborer de nouvelles stratégies opératoires que personne n’a jamais fait. On a élargit le champ des possibles », a renchéri le professeur Cadière, alias « Guyber » pour ses amis.

« J’ai découvert (à partir de 2012, lors de sa première visite à l’hôpital de Panzi, ndlr) à la fois l’horreur et que grâce au Dr Mukwege c’était possible de réparer cela, l’émerveillement de pouvoir réparer cette horreur », a ajouté le chirurgien, responsable de l’hôpital universitaire Saint-Pierre à Bruxelles.

Il a expliqué avoir beaucoup appris de son collègue de Panzi, qui ne se contente pas de soigner ces patientes mais tente aussi « de leur rendre le sourire » et le goût de la vie, même si certaines devront vivre toute leur vie avec une poche.

Selon le Dr Mukwege, le phénomène des violences sexuelles en RDC, « loin de s’estomper », gagne les provinces voisines des deux Kivu. « La tendance est plutôt vers une extension aussi bien vers l’ouest (et celle du Maniema) que le nord (l’ex-province Orientale, dont le chef-lieu était Kisangani) » ainsi que vers celle du Tanganyika, le long du lac éponyme, a-t-il dit en plaidant pour la fin de l’impunité pour les auteurs de « ces actes ignobles ».

« Réparer les femmes. Un combat contre la barbarie », des Drs Denis Mukwege et Guy-Bernard Cadière, en collaboration avec Julien Oeuillet, à paraître le 28 mars aux éditions Mardaga (Bruxelles), 144 pages, proposé au prix de 19,90 euros.​

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