Festival Millenium : Easy Lessons, voyage à travers le labyrinthe émotionnel de Kafia

Festival Millenium : Easy Lessons, voyage à travers le labyrinthe émotionnel de Kafia

Ce vendredi 22 mars 2019, le festival de documentaires Millénium ouvre ses portes pour une dixième édition qui présentera plus de 80 films internationaux. Une collaboration avec plusieurs cinémas bruxellois dont le Vendôme, le Palace ou encore le Cinéma Galeries. Avec une belle ouverture sur les problématiques migratoires et africaines.

L’objectif de ce festival est d’apporter des pistes de réflexion sur des thématiques contemporaines et d’actualité qui reflètent les ambitions de l’humanité pour un monde plus équitable. On ne sera dès lors pas étonné de trouver plusieurs films à l’affiche qui traitent du climat, de l’écologie et du gaspillage omniprésent dans un monde de surproduction. Le Festival a aussi fait le choix de thématiques relatives aux migrations, aux contrastes nord/sud et à différentes problématiques africaines.

En témoigne le documentaire Easy lessons de la Hongroise Dorottya Zurbo, qui s’articule sur le vécu d’une jeune réfugiée somalienne, Kafia, 17 ans, qui tente de trouver sa place en Hongrie, un pays connu pour ses politiques rigides concernant l’immigration.

Kafia est belle, intelligente et souriante. Elle semble savoir se débrouiller face aux difficultés rencontrées au long de son parcours. Elle s’investit dans ses études pour lesquelles des examens finaux s’approchent. Elle tente de dépasser ses peurs et d’apprendre les différentes disciplines du sport, un domaine prohibé pour les femmes en Somalie. Elle travaille activement pour gagner sa vie dans un cinéma comme réceptionniste ou encore en tant mannequin pour des expositions d’art ou des shooting photo.

Mais rapidement, le spectateur découvre, enfuies sous la douceur et la force d’un visage souriant, la douleur et les faiblesses d’une jeune adolescente en quête de sens et d’amour. « J’essaie de faire comme si j’allais très bien, que je suis capable de tout. Mais je ne suis pas aussi forte et parfois je me sens tellement seule » raconte Kafia.

Pour mettre en exergue cette dissonance dans la vie de Kafia, la réalisatrice a fait le choix atypique mais percutant de suivre Kafia déterminée à « s’intégrer » dans la société hongroise, tout en ajoutant en voix off les paroles qu’elle adresse quotidiennement à sa mère. On la suit dans le bus, observée par la population, qui en voix off nous dit : « les gens disent souvent : regardez cette fille. Elle est somalienne mais elle ne ressemble pas à une refugiée. Elle a l’air heureuse et bien habillée. Tout semble aller parfaitement pour elle. Mais ils n’ont aucune idée du fait que j’ai été élevée pour ne pas montrer mes sentiments. Ne pas montrer quand j’ai mal ». Très réflexive et mature, Kafia nous emmène dans ses pensées et ses contradictions avec finesse : « Parfois je pense que c’est chouette d’être enfin une adulte. Mais être enfant, c’était aussi vraiment bien. Quelqu’un prend soin de toi, te dit quoi faire et comment le faire. C’était vraiment bien… ».

Le lien qui unit Kafia à sa mère est intense, fort et fragile, doux et violent tout à la fois. On comprend rapidement que c’est sa mère qui l’a sauvée d’un mariage forcé avec un homme beaucoup plus âgé qu’elle. Face à cette séparation physique et mentale de la figure maternelle, le contraste de la voix off nous guide dans les réels ressentis de Kafia alors même que nous observons sa détermination et son sourire indémontable dans une ville européenne. Le discours oscille entre la culpabilisation d’être partie, de s’être acculturée car Kafia a fait le choix de renier sa religion musulmane pour devenir chrétienne et vivre une histoire d’amour avec un jeune chrétien hongrois et l’enthousiasme pour sa nouvelle vie, son envie d’être mannequin et sa curiosité de l’autre.

Sans jugement et presque sans intervention, Dorottya Zurbo, nous propose un documentaire d’une poésie infinie, d’une douceur apaisante et émouvante. Elle nous offre plusieurs moments très forts comme le témoignage de Kafia, assise sur son lit, qui s’attarde sur son sentiment de culpabilité face à ses choix quotidiens qui très probablement susciteraient la désapprobation de sa mère. Elle ne porte plus le voile, elle pose pour des photos, elle se maquille et s’investit dans une relation amoureuse avec un blanc chrétien. Malgré toutes ses angoisses, l’espoir n’est jamais totalement absent. « Parfois je pense que je suis comme ma mère. Elle a toujours fait ce qu’elle avait envie de faire. Peut-être qu’elle comprendra qu’elle a donné naissance à elle-même. Je suis comme elle ou elle est comme moi », témoignage Kafia très émue.

Kafia Mahdi (centre) avec la réalisatrice Dorottya Zurbó à droite et Julianna Ugrin à gauche.

Un documentaire touchant, émouvant et atypique qui ne peut que donner l’envie d’en voir d’autres et de suivre avec attention la programmation riche et variée de ce festival.

En ce qui concerne plus spécifiquement l’Afrique, on retiendra la projection du film « Welcome to Sodom » de Christian Krönes, qui traite de la plus grande décharge électronique du monde au Ghana, l’un des endroits les plus toxiques au monde. Dans « Un Pays Plus Beau qu’Avant » de Hannes Verhoustraete nous parle des errances de Jean-Simon, un homme d’affaire congolais à Bruxelles, et esquisse les contours d’un microcosme d’affaires informelles dans la diaspora congolaise. Le documentaire « Sakawa », de Ben Asamoah, s’immisce quant à lui dans l’univers de l’escroquerie financière sur internet au Ghana.

Retrouvez tout le programme sur : http://www.festivalmillenium.org/

Trailer de « Easy Lessons » :

Trailer de « Welcome to Sodom » :

Trailer de « Un Pays Plus Beau qu’Avant » :

Trailer de « Sakawa » :

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