Centrafrique: Flambée de violence contre les musulmans sur la frontière de la RDC

Centrafrique: Flambée de violence contre les musulmans sur la frontière de la RDC

Qui sont les miliciens qui ont attaqué les musulmans à Bangassou (à 500 km à l’est de Bangui), ville centrafricaine proche de la frontière avec la RDC? On ne le sait pas encore avec précision. Mais ils sont toujours dans la région et pourraient s’en prendre à 250 femmes et enfants musulmans qui se sont réfugiés dans le parc national de Chinko, voisin de la ville, dont le directeur, accusé de soutenir les mulmans pour les avoir laissés entrer, a dû prendre la fuite.

Cette flambée de violence a commencé par une embuscade, le 8 mai, contre un convoi de casques bleus de la Minusca (Mission de l’Onnu en Centrafrique, 12 500 hommes) à une vingtaine de km de Bangassou, le long de la frontière congolaise. Un militaire marocain a été tué lors de l’attaque, ainsi que quatre Cambodgiens – dont trois l’ont été, « sauvagement », après avoir été capturés; Paris parle de possible « crime de guerre ».

Mosquée assiégée

Samedi dernier, des centaines de miliciens – dits « anti-balaka » (anti-machette), le nom donné aux milices « chrétiennes » depuis le début de la guerre civile centrafricaine, en 2013 – ont attaqué la ville. Bien armés et organisés militairement, ils sont estimés ne pouvoir être des miliciens locaux. Ils ont assiégé une mosquée où s’étaient réfugiés un millier de musulmans, que la Minusca a finalement pu évacuer après des affrontements avec les assaillants. Un casque bleu marocain a été tué lors des combats, qui ont duré jusqu’au mardi 16 mai.

Selon une source de La Libre Afrique.be, « les milices veulent tuer 250 musulmans – des femmes et des enfants – qui se sont réfugiés dans le parc de Chinko. Le directeur du parc a dû fuir pour éviter d’être arrêté » par les miliciens, qui l’accusent de « soutenir des rebelles musulmans – en fait les femmes et les enfants ».

Mercredi 17 mai, la Croix Rouge a retrouvé 115 corps dans Bangassou – tués par balles ou à l’arme blanche – un bilan bien plus élevé que celui retenu jusque-là par l’Onu. Quelque 3000 personnes se sont réfugiées dans le Bas-Uélé (Buta) et le Nord-Ubangi  (Gbadolite), au nord-est de la RDC, démunies de tout et parfois blessées.

Le départ des armées étrangères

Ce regain de violence survient alors que les troupes américaines et ougandaises qui opéraient en Centrafrique pour y combattre la Lord’s Resistance Army ougandaise, de Joseph Kony, terminent leur retrait, estimant avoir pratiquement vaincu cette rébellion mystique armée. Et la force française Sangaris s’est retirée en octobre dernier (à l’exception de 350 hommes restés sur place), après l’élection d’un chef de l’Etat, Faustin-Archange Touadéra, début 2016. Le pouvoir de ce dernier se limite toutefois à la capitale, largement pacifiée par l’opération Sangaris, mais pas aux provinces.

Celles-ci sont, depuis plusieurs années, le théâtre d’affrontements entre diverses milices. Ces dernières se sont formées peu à peu, d’abord très localement, pour défendre des pâturages alors qu’arrivaient du Soudan (à cause de la guerre du Darfour) ou de la région du lac Tchad (à cause de Boko Haram) de nombreux pasteurs avec leurs troupeaux fuyant les violences chez eux – mais armés.

Meurtrière politique de Bozizé

Ces milices sont soit « chrétiennes », soit « musulmanes », selon la culture religieuse de leurs membres mais le conflit, au départ, n’était pas religieux. Selon l’archevêque de Bangui, Mgr Dieudonné Nzapalainga, « c’est l’ex-président François Bozizé qui a créé la tension religieuse en affirmant, lors de la formation de la coalition d’opposition des Seleka, fin 2012, que c’étaient des « djihadistes » et qu’il fallait former des milices pour s’en défendre ». Cette coalition d’opposants était formée principalement de musulmans parce qu’elle est née dans le nord-est, à forte population musulmane, et de Tchadiens, après l’ingérence du Tchad dans les affaires intérieures de son voisin. Elle a renversé le dictateur Bozizé en 2013, ouvrant la porte au chaos.

La Centrafrique, grande comme quelque 20 fois la Belgique et peuplée de seulement 4,5 millions de personnes,  fut la plus délaissée des colonies françaises et a toujours accusé un retard de développement.

« Le problème, c’est que la Minusca raisonne au niveau strictement centrafricain, ce qui est une erreur », commente notre source régionale. « La solution ne peut être que régionale, incluant le Tchad, le Soudan, le Sud-Soudan, la RDC, le Nigéria et le Cameroun ».

Que pensez-vous de cet article?