Les Nouvelles Zébrures, future « plateforme des créateurs de la Francophonie »

Les Nouvelles Zébrures, future « plateforme des créateurs de la Francophonie »

Rencontre avec le Burkinabè Hassane Kassi Kouyaté, nouveau directeur des « Francophonies en Limousin ». Déjà repère d’écrivains, il ambitionne d’en faire le « lieu de rencontres des créateurs et des penseurs de la Francophonie ». Son festival de printemps, Les Nouvelles Zébrures voyage du 13 au 22 mars et essaime jusqu’à Bruxelles.

Hassane Kassi Kouyaté a pris Emmanuel Macron au mot. Au sommet de la Francophonie en octobre 2018, le président Macron a repris l’idée de la romancière franco-marocaine Leïla Slimani, d’organiser un « congrès des écrivains de langue française » qui réunirait les auteurs, les éditeurs et tous ceux dont le métier est en rapport avec la langue. « Cela n’a jamais été fait », a-t-il souligné, et cela permettrait de promouvoir le français comme « langue de la création » face à l’anglais sacré « langue d’usage » à travers le monde.

C’est le projet que défend le nouveau directeur des Francophonies en Limousin, rebaptisées Francophonies, des Ecritures à la Scène. On en connaissait déjà le festival de théâtre, danse, musique et autres arts, ouvert à tous les horizons, organisé chaque automne à Limoges et alentour. Désormais il faudra compter aussi avec Les Nouvelles Zébrures, festival de printemps toujours aussi multiple mais résolument itinérant et ludique. À travers la ville, le département et au-delà : Sarrant, Bruxelles…

Porté par le souffle de la parole

« Limoges doit devenir la plateforme de rencontres de créateurs et de penseurs de la Francophonie. Je veux faire venir des francophones de partout. Je vais à Pondichéry pour créer un théâtre, j’envisage des partenariats avec l’Inde, le Moyen-Orient… Autant de lieux où se pratique la résistance par l’art et la culture. » Ce qui évitera aussi aux rencontres d’être « trop consanguines », souligne M. Kouyaté.

Ancien directeur de la Scène nationale Tropiques Atrium en Martinique, passé par Ouagadougou, Bamako, Avignon et Naples, Hassane Kouyaté a pris ses fonctions à Limoges en janvier dernier et a immédiatement lancé les préparatifs d’un festival de printemps redéfini autour des paroles d’auteurs, « du premier geste à la scène ».

Pour mieux accueillir les mots, une tente berbère sera montée dans le Jardin de la Maison des auteurs et, durant dix jours, Limoges va devenir « le lieu où on rencontre le monde autrement, un lieu de débats, une place publique » : Yougoslavie, Maghreb, Québec et Afrique… Tous ces endroits où l’on parle un « français enrichi ». Pour relever ce défi dans la terre du milieu (de France), Limoges a fait appel à un homme de parole, conteur né et musicien, fils de griot et de comédien (l’immense Sotigui Kouyaté, acteur fétiche de Peter Brook, entre autres), devenu metteur en scène, formateur et organisateur de festivals.

Au programme de cette première édition très zébrée : des randonnées littéraires, lectures, stand-up poétique, contes et rencontres avec (de gauche à droite et de bas en haut): Edouard Elvis Bvouma, Sonia Ristic, David Angevin, Dany Boudreault, David Paquet, Jérôme Richer et Erwan Tison (absent de la photo).

Des mots en voyage

« L’idée est de proposer un festival davantage présent dans l’espace public, offrant plus de spectacles pour les jeunes. » Hassane Kassi Kouyaté fourmille de mille idées, seul le temps l’a forcé à se refréner. « Mais je garde les autres projets pour l’année prochaine », glisse-t-il dans un clin d’œil. Au nombre de ceux-ci : l’acquisition d’un bus pour promouvoir l’itinérance et la rencontre des publics.

« On commence par une journée enfance, jeunesse sur le thème ‘Partir ?’ pour démystifier l’écriture et montrer que chaque parole est originale, personnelle. » À l’image de l’animal emblème du festival. « Le zèbre est un animal fascinant car sur son dos, le noir éclaire le blanc et vice-versa. Chaque tatouage de zèbre est unique, c’est son identité », souligne Hassane Kouyaté.

Autre caractéristique de l’animal réputé indomptable : un galop très rapide qui devait permettre à chacun de satisfaire son impatience et sa curiosité.

Ce nouveau volet du programme limousin fait aussi écho à la réflexion d’Emmanuel Macron sur la priorité que constitue, pour la Francophonie, la reconquête de la jeunesse, notamment africaine. Le continent comptera, en 2050, quelque 700 millions de francophones potentiels. Le président ne cesse de promouvoir l’idée d’une francophonie ouverte aux autres langues et au plurilinguisme. Cette langue qui «nous unit, a-t-il dit, chacun la parle avec ses accents et ses tournures particulières».

C’est le cas du Camerounais Edouard Elvis Bvouma, couronné du prix RFI Théâtre 2018. Il sera présent le 22 mars à 18h30 sous la tente berbère du Jardin de Limoges, mais sera à Bruxelles dès le 20 mars, en prélude au festival zébré pour une lecture de sa Poupée Barbue. Un texte à paraître chez Lansman Edition.

Entretien: Karin Tshidimba à Ouagadougou

Rens. et horaires : www.lesfrancophonies.fr

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