La justice néerlandaise s’apprête à accuser Shell de corruption au Nigeria

La justice néerlandaise s’apprête  à accuser Shell de corruption au Nigeria

Par Marie-France Cros

Le site spécialisé Offshore Energy Today a annoncé que, selon un communiqué de Shell du 1er mars, le parquet néerlandais s’apprête à lancer des poursuites contre le pétrolier anglo-néerlandais au sujet de son implication dans une affaire de corruption au Nigeria, pour laquelle Shell et l’italienne ENI sont en cours de jugement à Milan. L’affaire tourne autour de l’aquisition par les deux compagnies d’un bloc pétrolier offshore au Nigeria, nommé OPL 245.

Eni et Shell ont acheté en 2011 le bloc OPL 245 pour 1,3 milliard de dollars (1,1 milliard d’euros); le bloc contiendrait 9 milliards de barrils, indique le journal nigérian Vanguard. Selon le procès ouvert à Milan depuis le printemps 2018, l’essentiel de la somme – soit 1,092 milliard de dollars – est soupçonné de représenter des pots de vin, le gouvernement d’Abuja ne recevant que 210 millions de dollars.

Une société privée de l’ex-ministre du Pétrole

Selon le site italien Valori.it, l’argent a été versé sur un compte appartenant à la société Malabu Oil and Gas, propriété de l’ex-ministre du Pétrole Dan Etete, 74 ans aujourd’hui, qui aurait précédemment acquis frauduleusement le bloc pour 2 millions de dollars. Quelque 800 millions de dollars ont ensuite été transférés sur un compte appartenant à Alhaji Aliyu Abubakar – connu au Nigeria comme « Mr Corruption » et proche du président Jonathan, indique le site – « pour finir dans les poches de divers politiciens de l’administration Jonathan »; et de citer l’achat d’une maison pour l' »attorney general » (procureur général) de l’époque, Mohamed Adoke Bello.

Alors que les deux sociétés pétrolières ont affirmé qu’il n’y avait « rien d’illégal » dans l’affaire et que l’accord tripartite (ENI-Shell-gouvernement nigérian) était « absolument correct », le tribunal de Milan tente de déterminer si elles savaient, ou non, que l’argent n’irait pas dans les poches de l’Etat. Le procès en cours se base, selon le journal en ligne italien africa-express.info, « sur des enquêtes conduites par des agents du MI6 britannique et du FBI américain ».

https://afrique.lalibre.be/16776/pollution-et-marees-noires-au-nigeria-amnesty-accuse-shell-et-eni/

Les interprètes de Shell « empruntées » par le tribunal

En Italie, une partie du procès a été traitée selon une procédure accélérée – qui donne lieu à des peines allégées – à la demande de deux intermédiaires dans les transactions, le Nigérian Emeka Obi et l’Italien Gianluca Di Nardo. Ces derniers ont été condamnés, le 20 septembre dernier, pour « corruption internationale », à 4 ans de prison, ainsi qu’à la saisie de 98,4 millions de dollars pour le premier et 21,8 millions de dollars pour le second.

Selon le journal nigérian Vanguard, c’est Emeka Obi qui avait provoqué la révélation du scandale en intentant un procès à Londres contre Dan Etete pour obtenir le paiement de sa commission; il avait gagné son procès en 2013 et empoché 114millions de dollars, dont 24 millions avaient été versés à Di Nardo.

Au procès principal de Milan, l’Etat nigérian est partie civile et réclame 1,09 milliard de dollars (960 millions d’euros) de dommages aux deux compagnies pétrolières pour corruption active et conspiration, indique MilanoFinanza.it. Le procès en cours, selon la presse italienne, donne lieu à des témoignages depuis le Nigeria par video-conférences – que le Corriere della Sera n’hésite pas à qualifier de « surréalistes », rapportant le 9 janvier dernier que la traductrice jurée ne s’était pas présentée à l’audience, que sa remplaçante s’était fait immédiatement porter pâle et que ce sont des interprètes de Shell qui avaient traduit!

L’Etat nigérian traîne aussi les deux compagnies pétrolières devant la justice britannique, réclamant la même somme en dommages.

6 milliards de manque à gagner pour le Nigeria

L’ENI a fait valoir à Milan que l’Etat nigérian aurait « un retour de 50% » sur les sommes investies par le biais des taxes. Le Financial Times du 26 novembre dernier cite cependant le Resources for Development Consulting, qui souligne le côté inhabituel du contrat contesté en ce qu’il prévoit, oui, le paiement de taxes, mais pas celui de royalties, ni d’une allocation sur le pétrole extrait, comme c’est habituellement le cas dans ce type de contrat. Le Nigeria perd ainsi près de 6 milliards de dollars par rapport à ce à quoi il aurait pu prétendre.

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